‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 84 sur 235 · LIVRE XXIX · texte numérisé non relu

LIVRE XXIX

Vulson pour presser l'exécution de ses promesses ; l'envoyé fut bien accueilli, mais n'obtint rien. Le roi, offensé de la hardiesse des députés qui lui avaient fait dire par leur envoyé que l'assemblée attendait sa réponse à Loudun, et plus encore de sa résolution de ne se séparer qu'après avoir obtenu une conclusion des affaires pour lesquelles elle s'était réunie, lui ordonna de se dissoudre immédiatement. — «Nous n'avons, se dirent alors les députés, rien à attendre de la cour; c'est en nous-mêmes et dans nos propres forces que nous devons chercher un remède à nos maux. » — L'idée de séparer leur cause de celle du roi germait dans les esprits d'une manière rapide, inquiétante; elle se légitimait à plusieurs égards. Duplessis- Mornay conjura l'orage en se rendant au sein de l'assemblée, à laquelle il fit entrevoir les dangers d'une pareille mesure ; il persuada aux députés qu'avec une résistance passive, ils atteindraient mieux leur but qu'en prenant une mesure qui les placerait en état de rébellion ouverte. «Fortifions, leur dit-il, notre assemblée d'un pliTS grand nombre de personnes considérables, et décidons que nous ne nous séparerons pas sans avoir obtenu un édit avec des garanties sulfisantes pour son exécution.)) L'assemblée suivit le conseil de Duplessis , et la sagesse , cette fois encore, l'emporta sur le ressentiment.'

L'attitude de l'assemblée inquiétait vivement le roi; dans une lettre que Mornay lui écrivit, ce fidèle serviteur lui exposait les raisons que les protestants avaient de se plaindre, plaçait sous ses yeux des faits et l'engageait à envoyer un commissaire pour entendre et recevoir les plaintes des réformés, «Ne croyez pas. Sire, lui disait-il, que la chose n'est pas peu importante ; chacun veut savoir, une bonne

1. Dans une lettre à La Fontaine (19 juin 1596), Du Plessis disait : iJe vous ai écrit de notre assemblée de Loudun; chacun y désire la paix, mais chacun y est las de l'incerlitude de notre condition; en vain leur prêche-t-on la patience; ils répliquent, quils l'ont eue en vain, qu'il y a sept ans que le roi règne, que ( leur condition empire tous les jours , qu'on fait pour la ligue tout ce qu'elle veut, que la cour ni les cours ne lui refusent riea et n'y fait rien l'histoire du prodigue. Au moins, disent-ils, anrès avoir tué le vean gras pour eux . qu'on ne nous laisse pas la corde au cou, poui' salaire de notre lidéUté. »

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fois, ce qu'il doit attendre pour sa sûreté.» Pour reinplif cette mission délicate il lui indiqua le président de Thou.* Le roi accueillit favorablement la lettre de Duplessis : il révoqua de suite les ordres de disperser l'assemblée par la force et lui promit de lui envoyer dans un bref délai un commissaire pour traiter avec elle. Le délai expiré, le commissaire n'arriva pas, l'assemblée était impatiente; tant d'années de demandes et de vaine attente l'avaient lassée. Le roi avait contenté tout le monde, excepté les huguenots; bien plus, tout ce qui s'était fait pour l'asseoir sur le trône, avait été fait à leurs dépens; le pape avait vendu chèrement son absolution, et quand les chefs de la ligue avaient à leur tour vendu leur soumission, ils avaient cru éviter la honte de leur marché par la manifestation de leur haine contre les protestants.

«Toutes ces réductions, dit Élie Benoît, donnaient de nouveaux ombrages aux réformés, contre les libertés desquels on insérait toujours quelque clause dans les traités des gouverneurs et des villes. Les articles mêmes, qu'on avait arrêtés à Mantes, se trouvaient presque tous violés par ces nouveaux édits, et les réformés, après ces infractions, se trouvaient à recommencer. Toutes les villes ne montrèrent pas une aversion égale pour eux ; mais elles s'accordèrent toutes à demander qu'on n'exerçât dans leur enceinte nulle autre religion que la catholique. Meaux se contenta d'exclure de ses murailles et de ses faubourgs l'exercice de la religion réformée. D'autres le firent exclure de leur banlieue. Plusieurs le firent réduire aux bornes de l'édit de 1577, de peur que les services des réformés ne leur fissent obtenir une liberté plus étendue. Plusieurs demandèrent l'exclusion de l'exercice des réformés dans toute la juridiction de leur bailliage; quelques-uns y ajoutèrent la peine de la vie pour ceux qui y contreviendraient.

t. Brief discours par lequel chacun peut être éclairci des justes procédures de ceux de la religion réformée , par M. Duplessis. — Dans ce discours, qui se trouve au tome VU des Mémoii'es de l'auteur, p. 278 , la négociation relative «ux protestants s'y trouve racontée avec de grands détaUs.

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paris fit reculer, ft dix lieues à la ronde , l'eiercice que les réformés désiraient. Villars les bannit de Rouen et de toutes les villes et places qu'il remit dans l'obéissance du roi, et fit ajouter qu'il n'y serait reçu ni juge, ni oflicier

3ui ne fût catholique et qui ne vécût selon les constitutions e l'église romaine. Mais pour adoucir cette clause rigoureuse, on y ajouta que cela durerait jusqu'à ce que le roi en eût autrement ordonné. Poitiers, outre l'exclusion de l'exercice de la ville et des faubourgs et de tous les lieux oii l'édit de 1577 ne le permettait pas, demanda le rétablissement de la religion catholique en divers lieux du Poitou. Agen fit limiter sa banlieue à demi-lieue à la ronde où l'exercice de la religion réformée ne se pouvait faire. Amiens le fit défendre dans la ville et dans tout le bailliage sans réserver l'édit de 1577. Beauvais obtint qu'il ne se pourrait faire qu'à trois lieues à la ronde et dans le^ reste du bailliage qu'aux lieux où il s'était fait du vivant du feu roi. Saint-Ma!o fut traité de même. Les villes et les seigneurs qui revinrent plus tard à leur devoir, suivirent l'exemple des autres et tirèrent tout ce qu'ils purent du roi contre la religion réformée.»'

Les réformés renouvelèrent leurs demandes quand ils apprirent que Clément VIll avait envoyé un légat en France: l'arrivée de ce prélat leur paraissait un présage de mauvais augure; ils ne doutaient pas qu'il ne vînt solliciter le roi de

[(rendre des mesures violentes contre eux ou toijt au moins 'engager à ajourner la réponse à leurs cahiers, qu'ils attendaient depuis si longtemps. Leurs craintes s'accrurent en voyant diminuer leurs garnisons en Poitou et en Saintonge, et supprimer celle de Thouars. De plus , Rosny, leur coreligionnaire, loin de soutenir leur cause, paraissait la trahir. Ce ministre de Henri IV n'était aimé ni des catholiques ni des protestants; son caractère hautain, dur, allier, lui faisait des ennemis de tous les hommes qui avaient une valeur personnelle. Dans le maréchal deBouillon, Rosny baissait l'homme puissant aux affaires; dans Lesdiguières, le soldat heureux et indépendant ; dans Duplessis-Mornay, l'honnête homme et l'habile politique. Il tenait systématiquement ce dernier éloigné de la cour dans la crainte qu'il

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