‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 85 sur 235 · Histoire de l'édit <1e Nantes, 1 1", Ut. m, p · texte numérisé non relu

Histoire de l'édit <1e Nantes, 1 1", Ut. m, p

ii6 HISTOIRE DE hk RÉFORHATION FRANÇAISE.

ne le supplantât dans l'esprit du roi. Chez Rosny l'ambition était une maladie incurable; de grands défauts ternissaient chez lui d'admirables et d'incomparables qualités; il avait beaucoup de ce qui fait le grand minisire et un peu de ce qui rend l'homme petit.'

Dans l'impossibilité de se faire rendre justice, l'assemblée se décida à se la faire elle-même. Elle ordonna, en quelques lieux du Poitou, la saisie des recettes royales comme une compensation au préjudice qui lui était causé par les diminutions de leurs garnisons, leurs seules garanties contre de nouvelles vexations qui leur paraissaient imminentes. L'attitude de l'assemblée et la réunion d'un synode national qui avait lieu au même moment à Saumur alarmèrent le roi qui craignit que les députés et le synode, en unissant leurs efforts, n'accrussent ses embarras. Il se décida alors à envoyer des commissaires pour traiter avec l'assemblée. Sur le refus de De Thou, il nomma pour cette mission De Vie et Colignon, qui reprochèrent aux membres de l'assemblée de ne pas savoir tenir compte de la position difficile du roi. «Le roi, dirent-ils, se plaint de ce que vous êtes bien éloignés de l'affection et du respect que vous avez toujours eus pour lui.» Aux reproches qu'ils leur firent de songer plus à leurs intérêts particuliers qu'au bien public, les députés demandèrent aux commissaires s'ils connaissaient pour eux un bien public préférable à leur conservation. «Est-ce juste, ajoutèrent-ils, de laisser des milliers des meilleurs sujets de Sa Majesté exposés sans défense à la merci de leurs ennemis , gens exercés à la perlidie , aux injustices et aux massacres?»*

Henri IV se décida cependant à faire quelques concessions aux protestants , quand il vit que l'assemblée était résolue à ne rien céder de ce qui concernait le paiement de ses iTiinistres et l'administration de la justice, pour la sûreté de laquelle elle réclamait des chambres mi-parfics dans les parlements qui leur étaient suspects. Il leur per-

1. Histoire de l'édit de Kantcs, t. l", !iv. 111, p. 121-123. t. Élic Bei;oil, t. Il, ch. 4, p. 177.

mit de con-tinuer l'exercice de leur culte dans tous les lieux où ils l'avaient commencé pendant l'année courante, et l'établissement d'un second lieu de culte dans chaque bailliage , de plus il fit enregistrer par le parlement de Rouen l'édit de 1577, comme il l'avait déjà été par celui de Paris.

Ce n'étaient que des palliatifs à une situation qui demandait des remèdes énergiques; et cependant ce minimum de justice indisposa Rome , qui vit , dans la vérification de l'édit de 1577 par le parlement de Rouen, un recul de Henri IV dans sa foi religieuse. Le pape se plaignit vivement à d'Ossat, qui calma le pontife, en lui exposant que le roi avait agi sous l'empire de la nécessité.

Les commissaires royaux se rendirent, au commencement de février 1597, à l'assemblée, qui, sur son désir, s'était réunie à Vendôme. Ils lui dirent «que leur maître, malgré tout le bien qu'il voulait aux prolestants , ne pouvait accorder davantage.» L'assemblée ne fut pas satisfaite. «On nous sacrifie, dirent les députés aux commissaires, on oublie nos services, on nous forcera, par des injustices réitérées , à chercher notre soulagement en nousmêmes. » Les commissaires qui connaissaient les dispositions de l'assemblée écrivirent au roi qu'il serait dangereux de la pousser au désespoir; que ce qu'il y avait de plus urgent à faire, c'était de la dissoudre et de renvoyer les députés dans leurs provinces avec des concessions qui les satisfissent.

Le roi fut mécontent de l'attitude que prenait l'assemblée; il s'emporta contre Bouillon et La Tremouille, coupables, à ses yeux, d'entretenir, parmi ses membres, un esprit d'agitalion contraire à ses intérêts et à ceux des réformés, qui, par leur manque de patience, rendaient sa tâche difficile et l'empêchaient d'exécuter le bien qu'il se proposait de leur faire.

Le roi pensait ce qu'il disait, mais il avait perdu le droit d'êlre cru. Depuis sept ans il promettait et disait aux huguenots: «Vous n'êtes pas patients! » Les événements plus forts que sa volonté lui avaient créé cette étrange situation.

Les choses ne tendaient pas vers une situation favorable. Les pourparlers continuaient à Saumur où l'assemblée s'élail trausnortée de Vendôme, guand tout àcoi^ lanou-

velle de la prise d'Amiens par les Espagnols retentit en France comme un coup de tonnerre qui terrifia le roi et remplit d'espérance les ligueurs.'

lia nouvelle surprit Henri IV au milieu des plaisirs auxquels il se livrait sans retenue. Sa maîtresse en litre était Gabrielle d'Estrées , qu'il avait fait duchesse de Beaufort, et pour laquelle il dépensait follement des sommes énormes, auxquelles Rosny subvenait avec ses pots de vin.» L'Estoiie , tout en ne prétendant qu'au modeste rôle de nouvelliste, nous a laissé une belle page d'histoire de ces temps si agités. «Le jeudi gras (13 lévrier 1597), le roi, dit-il, soupa et coucha chez Zamet, et le vendredi il envoya dire aux marchands de la foire qu'ils n'eussent à détaler, parce qu'il y voulait aller le lendemain; comme il fit et dîna chez Gondi avec Mad. la marquise, à laquelle il voulut donner sa foire d'une bague de huit cents écus qu'il marchanda pour elle, mais il ne l'acheta pas... Il marchanda tout plein d'autres besognes à la foire ; mais de ce que on lui faisait vingt écus il en offrait six et ne gagnèrent guère les marchands à sa vue... Le dimanche gras il dîna et soupa chez Sancy... Le dimanche 23, qui 6; ;it le premier jour du carême, le roi fit une mascarade de sorciers et alla voir les compagnies de Paris. Il fut chez la présidente Saint-André, chez Zamet et, en tout plein d'autres lieux, ayant toujours la marquise à son côté. Ballets, mascarailes, musique de toute sorte, suivirent ces beaux festins... Le mercredi, 12 mars, veille de la m-i-carême, pendant qu'on s'amusait à rire et à baller, arrivèrent les piteuses nouvelles de la surprise d'Amiens par l'Espagnol, qui avait fait des verges de nos balais pour nous fouetter. De laquelle nouvelle Paris, 'a cour, la danse et toute la fête fut fort troublée; et même le roi, duquel la constance et magnanimité ne s'ébranlent aisément, étant comme

1. Surprise d'Amiens. — Mémoires de la ligue, t. VI. — ' V. Palma-Cayet, liv. IX. — Davila, liv. XV.

2. Chaque fois que Sully contractait iiu marché an nom et pour le compte de l'État, il se faisait donner une certaine sojnme à titre de pots de vin. Ces pots de vin étaient les fonds secrets du rci.

tïVRE XXIV.

étonné de ce coup et regardant cependant îi Dieu , comme

il fait ordinairement plus en l'adversité qu'en la prospérité, dit tout haut ces mois : «Ce coup est du ciel! ces pauvres gens, pour avoir refusé une petite garnison que je leur ai voulu bailler, se sont perdus.» Puis, songeant un peu, dit: « C'est assez fait le roi de France, il est temps de faire le roi de Navarre. » Et se retournant vers la marquise qui pleurait, lui dit : «Il faut quitter nos armes et monter à cheval pour faire une autre guerre. » *

Un grand malheur fondait inopinément sur Henri IV, au milieu de ses plaisirs ; ce n'était pas une simple déclaration de guerre qui lui était faite, c'était l'existence même de sa couronne qui était en question. Ses alliés et ses en-" nemis le crurent perdu. La nouvelle de la prise de Doullens , Cambrai et Calais ébranla la confiance de ses plus fidèles serviteurs. L'Espagne tout entière, aidée du duc de Mercœur, du duc de Savoie et de quelques chefs catholiques, qui n'avaient pas encore fait leur soumission, se lovait contre lui aux acclamations des Parisiens, qui ne pardonnaient pas au roi la suppression de leurs rentes et la perte de leurs libertés municipales. Ils se croyaient déjà vainqueurs, et faisaient circuler contre lui et contre sa maîtresse des lazzis et des satires. *

La reine d'Angleterre, à laquelle Henri IV fit demander des secours, les lui refusa. Il lui offrait cependant Calais en gage. Menacée par une grande flotte espagnole , Elisabeth réservait ses forces, soit pour repousser cette flotte, soit pour attaquer celle de l'Espagne.

Le danger était imminent, vu les nombreux éléments de dissolution qui existaient dans le royaume. La France, en 1593, fut moins près d'un démembrement qu'à cette époque.

Les sentiments des réformés se firent jour, quand la nouvelle de la prise d'Amiens parvint à l'assemblée réunie

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