‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 99 sur 235 · LIVRE XXIV · texte numérisé non relu

LIVRE XXIV

maison ! s'écria-t-elle avec terreur. » Un moment de calme succéda à ses souffrances; elle en profita pour écrire au roi. Bientôt après survint un nouvel accès , et elle expira dans d"horribles convulsions.'

Le 10 avril 1599 elle comparut devant son Dieu. Le roi parut d'abord inconsolable ; mais un mois s'était à peine écoulé et déjà Henriette d'Entrague ' avait pris la place de Gabrielle. La nouvelle passion du roi fut vive et forte; il fit à sa nouvelle maîtresse une promesse par écrit dé l'épouser. Honteux cependant de cette démarche, il remii le papier qui la contenait à Rosny, qui le déchira. «Vous êtes fou! s'écria le roi, que prétendez-vous faire?» — «Il est vrai, répondit le ministre, je le suis, et plût i Dieu que je le fusse seul en France.»'

Le roi ne se fâcha pas , mais , de plus en plus aveuglé par sa folle passion , il souscrivit une nouvelle promesse et fit jouer auprès du pape tous les ressorts de sa diplomatie pour obtenir la dissolution de son mariage. Marguerite de Valois s'y était opposée, pour ne pas mettre h sa place Gabrielle d'Estrées, qui n'était à ses yeux qu'une fille de basse extraction.*

La seconde négociation était celle du rappel des jésuites. Depuis l'arrêt qui les avait frappés , ils n'avaient cessé d'intriguer pour rentrer en France, où ils avaient de chnuds partisans; ils n'avaient même obéi qu'à demi; forts de la protection des parlement de Bordeaux et de Toulouse, ils bravaient, du fond de la Guyenne, leurs ennemis. Le roi lui-même n'était plus opposé à leur rappel; il craignait ces moines «qui savaient si bien manier le couteau; «il

Eensait qu'ils seraient moins à craindre en France que ors de France, et qu'il valait mieux se les attacher par des bienfaits (jue de les pousser à des mesures violentes par trop de rigueur.

1. L'Estoile, aunée 1599. — Économies royales, t. UI, p. 281- 297. — De Thou , Hv. CXXU.

2. Elle était fille de Fran-;ois de Balzac et de Marie Touchet , fille naturelle de Charles LX.

3. Capefigue, Histoire de la réformation, t. VIII. — Sully, Économies royales, t. III, p. 31 1.

4. Sully, Économies royales, t. III, p. 233. — Sismoadi, t. XXn âl.IX,p. 31.

m HISTOIRE DE LA RÉFORMATION FRANÇAISE.

La troisième négociation avait pour objet le mariage de Madame avec le duc de Bar, fils du duc de Lorraine , lequel ne pouvait s'accomplir sans une dispense du pape, puisque le futur époux de la princesse était catholique.

Parmi ceux qui virent avec peine le roi abandonner la réforme, il faut placer au premier rang Catherine de Bourbon , sa sœur. Cette princesse, toute inférieure qu'elle fut à sa mère, occupe cependant dans l'histoire une place intéressante. Elle avait à peine quinze ans quand tout à coup elle devint orpheline; la forte éducation, qu'elle avait reçue dans le Béarn , la prépara à traverser des temps difficiles et à se garantir des pièges dans lesquels il était si facile de tomber à la cour des Valois. Elle avait hérité de sa mère et de son aïeule Marguerite de Valois des grâces, de l'esprit et des talents. Elle aimait les arts, jouait bien du luth; sa voix, quand elle chantait, avait une douceur inexprimable. Lorsque, à l'époque du mariage de son fils , Jeanne d'Albret la conduisit à Paris , sa présence fit sensation au milieu même des belles femmes de la cour de Charles IX. «Qu'elle est belle, ma Catherine! » disait la reine de Navarre, qui ne cachait pas son mépris pour l'entourage de Catherine de Médicis. Elle ne devait pas voir se développer cette jeune plante, qu'elle avait cultivée avec tant de soins et sur laquelle elle avait répandu le parfum de l'Évangile. Sur son lit de mort il lui fallut la puissance de la grâce pour se résigner à se séparer de sa fille chérie; elle la recommanda à son fils, et plus encore à Dieu.'

Catherine sentit vivement le vide que la mort de sa mère faisait dans sa vie; c'était leur première séparation. Après la Saint-Barthélémy elle abjura avec son frère, et pendant près de quatre ans elle pratiqua le culte catholique. Mais lorsque Henri III lui permit de retourner dans le Béarn , elle n'attendit pas même d'être arrivée à Pau pour rejeter le masque hypocrite qu'on l'avait forcé de prendre. A son passage à Ghàteaudun, elle s'empressa d'aller au prêche, et plus tard, à la Rochelle, oii son frère l'avait accompagné, «elle fit avec lui, dit d'Aubigné, pénitence

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