LIVRE XLIV
obligé de passer; et avant qu'il pût en être aperçu , il lui déchargea un si rude coup de houe' qu'il le coucha par terre noyé dans son sang.
Francezet , arraché au paysan qui voulait l'achever, fut levé de la place sans connaissance et transporté à Milhaud; on banda sa plaie, on le rappela à la vie par des liqueurs. Louvreleuil dit que ce chef des camisards, «par son adresse et ses efforts inconcevables, étonna les officiers qui le poursuivaient»; il aurait pu ajouter qu'il s'était rendu si redoulable, qu'ils n'osaient plus l'approcher. Il tira quinze coups et peut-être n'y en eut-il aucun tiré à faux.
Quand le jeune Cévenol comparut devant Sandricourt, il lui dit: «Depuis que mon frère Catinat est mort, je souhaite de mêler mes cendres aux siennes. » Le pauvre enfant avait soif de martyre. Le gouverneur ne fut touché ni de sa jeunesse ni de son héroïsme, et le livra à Bàville, qui le condamna à être brûlé , après avoir préalablement subi la question ordinaire et extraordinaire. «Quelle justice! s'écria Francezet, à l'ouïe de sa sentence de mort, faire périr, dans les flammes, les enfants de Dieu! » '
Nous ne citons pas tous les noms de ceux qui furent exécutés, ils étaient tant! nous mentionnerons cependant un octogénaire , Pierre Régis de Tornac ; il avait commis le crime d'acquitter des lettres de change en faveur des camisards3. Ceux des prisonniers qui échappèrent au bourreau , allèrent grossir le nombre déjà si grand des galériens protestants.
Pendant que l'échafaud fonctionnait à Nîmes, le procès de Boëton s'instruisait à Montpellier; ce chef du complot avait été saisi chez lui, à Milhaud, au moment où il attendait le signal de prendre les armes. Celui qui le fit prisonnier était le baron de Saint-Chaptes , mari de l'une de ses cousines-germaines; il fut conduit à Nîmes , d'où il fut transféré à la citadelle de Montpellier. Il comparut devant
1. Instrument de fer qui a pour manche un bâton long de six pieds.