‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 9 sur 263 · Louvreleuil, t. IV, p · texte numérisé non relu

Louvreleuil, t. IV, p

vaut-il mieux que Ravanel? Fléchier, qui se mêle à la foule des curieux pour voir comment meurent les camisards, a-t-il une âme plus noble, un cœur plus intrépide que ceux dont les cris de douleur ne réveillent pas un écho dans son cœur de prêtre?

Après l'exécution des chefs, vint celle des autres conjurés ; pas un seul ne fut épargné. — Alison fut condamné à la roue et ses biens furent confisqués; sa maison, qui était Tune des plus belles de la ville, ne fut pas démolie, parce qu'elle n'était pas entièrement payée. L'armurier Jacques Rougier, qui avait vendu des fusils aux conjurés, fut pendu. L'échafaud était en permanence; des hommes de tout âge y montaient, la plupart coupables d'être suspects. Le même jour voyait mourir le jeune homme et le vieillard , le père et le fils. Parmi ceux qui furent capturés, se trouvait le jeune Francezet; il avait à peine vingt ans ; montagnard habile, il avait des pieds de cerf et un cœur de lion. Parmi les camisards dont l'intrépidité n'a pas été surpassée et ne le sera pas, il était, cité parmi les plus braves; il courait au combat comme à une fêle. Poursuivi par les soldats mis à sa recherche , il leur échappait sans cesse en sautant de fossé en fossé comme le plus habile maître de gymnastique; quand il se voyait près d'être atteint, il lâchait un coup de fusil et un homme tombait roide mort ou baigné dans son sang. «Il eût été amusant, dit Antoine Court, s'il n'y avait eu rien de tragique , de voir plusieurs officiers, trente dragons et cinquante Suisses, aux trousses d'un jeune homme de vingt ans sans pouvoir l'atteindre , et lorsqu'ils étaient prêts à mettre la main dessus, de voir celui-ci franchir un fossé et se délivrer par là d'un danger qui semblait inévitable ; il fit ce manège plusieurs heures de suite et jusqu'à ce qu'il eût fini sa munition. Il crut alors devoir prendre la fuite et gagner du côté de Milhaud, où le terrain est encore plus coupé de fossés. Il laissait fort loin tous ceux qui le poursuivaient, et ils l'allaient perdre de vue pour toujours , lorsqu'un paysan se mit en devoir de venir à leur secours. Il se cacha adroitement derrière une muraille où il prévit que le fuyard serait

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