‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 11 sur 263 · Court, t. III, p · texte numérisé non relu

Court, t. III, p

Bâville, qui le condamna à la roue et à la question ordinaire et extraordinaire ; le vieillard fut sublime de courage et de résignation; pendant que les bourreaux faisaient leur horrible office de tourmenteurs, l'intendant eut la lâcheté de l'insulter; le patient , levant alors les yeux sur lui , s'écria : «Jusques à quand souffriras-tu, Seigneur, le triomphe de l'impie! Jusques à quand permettras-tu qu'il répande le sang de l'innocent! Ce sang crie vengeance devant toi. Tarderas-tu encore longtemps à en faire justice ! Réveille ton ancienne jalousie et rappelle tes compassions ! »

Boëton fut ensuite conduit à la place du Peyrou sur une charrette, au milieu d'un immense concours de peuple. Aux protestants , qui se faisaient reconnaître à leurs larmes, le martyr jeta des paroles de consolation , dominant de sa voix forte et vibrante le roulement des tambours. Deux religieux l'accompagnaient et l'obsédaient de leurs questions. — «Délivre-moi, Seigneur, s'écriait-il enlevant les yeux vers le ciel , de ces anges des ténèbres. » Quand il aperçut l'échafaud, ses forces lui revinrent: «Courage! mon âme! courage, s'écria-t-il , je vois le lieu de ton triomphe; bientôt, dégagée de tes liens douloureux, tu entreras dans le ciel. »

Touchés de tant d'héroïsme, les catholiques et les protestants fondaient en larmes. «Ne pleurez pas,» leur disait le martyr, et de sa main enchaînée il leur montrait le ciel. Arrivé sur la fatale plate-forme, il s'étendit sur l'échafaud; le bourreau se mit à l'œuvre ; il brisa , disloqua , roua ; cela dura cinq heures! le martyr ne poussa pas un seul cri, chanta des psaumes, pria, et exhorta les assistants à donner leur cœur à Dieu.

L'abbé de Massillan , présent à cet horrible spectacle , craignant que les paroles du patient ne fissent , comme celles de l'étudiant Pavannes, tort à l'Église, dans l'esprit des catholiques, fit dire à Bâville que les tortures de Boëton , loin d'intimider les protestants, ne feraient que les affermir dans leurs croyances.

«Qu'on l'achève,)) répondit froidement l'intendant.

Le bourreau allait donner le coup de grâce, quand un archer dit qu'il fallait laisser expirer ce huguenot obstiné sur la roue, puisqu'il persistait dans ses erreurs.

Le martyr, en entendant ces cruelles paroles, jeta un

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