‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 107 sur 263 · LIVRE XLVII · texte numérisé non relu

LIVRE XLVII

mendie des aumônes; loin de là, c'est un acte de justice que je vous propose et non une contribution de grâce; c'est une espèce de tribut que Jésus-Christ lève sur vous, et non une aumône qu'il vous demande. » Après avoir parlé de l'excellence du ministère évangélique et montré ce qu'est un fidèle serviteur du Crucifié, il s'écrie : «Quoi! les ambassadeurs des princes seront comblés de présents, entretenus dans un état splendide , honorés de ce qu'il y a de plus beau et de plus riche dans une cour somptueuse et magnifique, et les ambassadeurs du Roi des rois seront méprisés, oubliés et destitués même du nécessaire ! Le règne de leur maître, il est vrai, ajoute-t-il, n'est pas de ce monde, aussi ne demandent-ils pas les richesses et les trésors de la terre, mais un entretien convenable à leur caractère , le nécessaire ; ce nécessaire doit-il leur être refusé?» Court censure les riches, quand ils laissent manquer de pain les ministres, et quels ministres! des proscrits! des condamnés à mort! il flétrit leurs dons: «Quand on collecte, ils osent, s'écrie-t-il, donner un sol! »

Le pasteur du désert veut obtenir par des règlements ce que la charité donne si joyeusement. Il dresse la liste des donateurs sur laquelle les pauvres ne se trouvent pas. Les familles à l'étroit sont taxées à 15 sols par an, celles un peu moins gênées à 20 sols chacune, les aisées à 6 livres, les gentilshommes et les bourgeois à 12 ou 15 livres. 11 n'oublie ni les domestiques , ni les artisans , ni les employés; ils sont taxés, les premiers à 15 sols, les seconds à 30, les troisièmes à 40. En terminant son mémoire, il engage les mourants qui n'ont pas d'héritiers directs, à se souvenir de leurs frères pauvres. «Vos dons, leur dit -il, seront mieux placés chez eux que chez ceux qui n'en ont pas besoin. » 1

Court réalisa-t-il son projet? Nous ne saurions l'affirmer, mais sa lecture nous révèle qu'il n'y a rien de nouveau soin le soleil; ce qui a été, sera; le bœuf qui foule péniblement le grain, à quelques rares exceptions près, est oublié aujourd'hui comme autrefois, et celui qui a droit de vivre de l'autel , quand il est fidèle, vit souvent de misère et de privations et ne puise les forces qui lui sont nécessaires

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