LIVRE XLIV
regard plein de douceur sur l'archer: «Mon ami, lui ditil, vous croyez que je souffre, je souffre en effet; mais apprenez que celui qui est avec moi, et pour lequel je souffre , me donne la force de supporter mes souffrances avec joie. »
Le bourreau , qui avait reçu ordre d'achever le patient, se pencha sur lui, une barre de fer à la main. Le martyr fit un violent effort, releva une dernière fois la tête et dit aux assistants au milieu du bruit des tambours : «Mes trèschers frères , que ma mort vous soit un exemple pour soutenir la pureté de la foi , et soyez mes fidèles témoins comme je meurs dans la religion de Jésus-Christ et de ses saints apôtres. »
Après ces paroles, le bourreau laissa tomber sa barre, et l'âme du martyr s'envola vers les cieux. 1
Les biens de Boëton, qui étaient considérables, furent confisqués; sa veuve, réduite un moment à l'indigence, vécut d'une modique pension qu'elle dut à l'affection d'un parent de son mari. Son fils fut arrêté et jeté dans une prison , d'où il s'échappa trois ans après.
L'un des domestiques du martyr fut reconnu aux larmes qu'il versait pendant que son maître était sur son échafaud. Il fut incarcéré et soumis à la question ordinaire et extraordinaire. Une forte somme lui fut offerte pour l'engager à dénoncer les personnes auxquelles Boëton lui faisait porter des messages. Il refusa de répondre. Son interrogateur insiste- : «Quand vous les portiez, étiez -vous accompagné? lui dit-il.
— 'Oui, répondit-il; ettoujours quand je faisais des voyages pour la cause de Jésus-Christ.
— Qui vous accompagnait? lui dit vivement le prêtre qu'on lui avait donné pour confesseur et dont il refusa l'assistance.
— Trois personnes'.
— Lesquelles ?
— Le Père, le Fils et le Saint-Esprit, » répondit le patient.
A ces mots , les gens du roi écumèrent de rage. « A l'œuvre! dirent-ils au bourreau; à l'œuvre!» Le bourreau se