LIVRE XLVI1I
Par qui avez-vous été élevé et instruit? - Par mon père et par un de mes oncles qui est décédé.
A quel Age avez-vous cessé d'aller aux écoles catholiques, où vous avez dû prendre les premiers principes de la religion catholique, apostolique et romaine, et comment, n'étant point instruit aux lettres humaines et sachant à peine lire et écrire, avez-vous pu vous décider pour la religion protestante? — J'ai quitté l'Église et les écoles catholiques à l'âge de huit à neuf ans, et alors feu mon oncle, qui était fort incommodé et qui avait beaucoup lu l'Écriture sainte et plusieurs livres composés par des protestants, me persuada que la religion protestante était la seule où l'on pouvait faire son salut, ce que j'ai toujours cru depuis ce temps-là.
Depuis que vous avez quitté la maison de votre père, avez-vous fait les fonctions de prédicant , ministre ou pasteur? — Oui, en plusieurs endroits de cette province.
En quoi consistent principalement les fonctions que vous avez faites? — A exhorter les fidèles à la piété, à baptiser, à bénir les mariages et à administrer la cène.
En quels lieux avez-vous baptisé et administré la cène? — En plate campagne ou dans le désert.
Qu'entendez - vous par désert ? — Des lieux écartés ou inhabités dans lesquels se rassemblent les fidèles , tantôt du côté d'Alais, de Sauve et d'Anduze, tantôt du côté de Nîmes.
De quelle manière convoquiez-vous ces sortes d'assemblées? — Les fidèles me priaient de leur donner une exhortation, après qu'ils étaient convenus ensemble du jour; ensuite on venait me prendre pour me conduire à l'endroit où l'assemblée était formée.
Déclarez ce qui se passait à ces assemblées, quelles prières on y faisait, et quelles mesures on prenait pour éviter les surprises. — Les fidèles commençaient par prier, chacun en particulier; ensuite on lisait quelques chapitres de l'Écriture sainte; après cela, on chantait des psaumes; ensuite, le ministre faisait une prière à haute voix, dans laquelle il demandait à Dieu les secours nécessaires pour annoncer dignement sa Parole; cela était suivi d'une exhortation et quelquefois de la distribution de la cène , et l'on finissait par une prière qu'on appelle ecclésiastique ,
qui renferme des vœux adressés au ciel pour le roi et la famille royale, les magistrats, les seigneurs particuliers et autres personnes constituées en dignité, et enfin pour tous ceux qui sont dans la misère et dans l'affliction; à l'égard des précautions qu'on prenait pour n'être pas découvert, elles consistaient uniquement à placer sur les hauteurs, mais sans armes, des sentinelles qui avertissaient l'assemblée dès qu'elles voyaient paraître des troupes.
Avez-vous composé un grand nombre d'exhortations pour les différentes assemblées que vous convoquiez? — Je lisais continuellement l'Écriture sainte, et je me formais ainsi à prêcher la parole de Dieu ; je faisais la plupart du temps des analyses , que j'étendais sous forme de sermons ou d'exhortations ; je n'avais, lorsque j'ai été arrêté, qu'un seul sermon écrit au long de ma main, et ce que j'ai ailleurs ne consiste qu'en des analyses.
Où avez-vous laissé ces analyses? — Je ne m'en souviens pas , étant obligé, pour ma sûreté, d'errer de campagne en campagne, de coucher tantôt dans une forêt, tantôt dans des cavernes.
Vous ne dites pas la vérité, vous étiez trop connu dans tout ce pays, pour vous résoudre à aller coucher dans des cavernes, tandis que vous pouviez vous retirer en sûreté chez différents particuliers aussi attachés à la religion réformée que vous, et qui ne vous auraient pas refusé le couvert? — Je n'ai rien à dire à ce sujet.
Ne connaissez-vous pas ces prétendus fidèles qui venaient vous solliciter de leur prêcher et administrer la cène? — Je ne les connaissais point; mais lorsque je les trouvais ainsi assemblés, on me disait que je pouvais prendre confiance en tels et tels.
Quels étaient ces tels et tels en qui l'on vous disait de prendre confiance? — On me les nommait seulement et je ne sais pas leurs noms.
Quelles sont les personnes dont vous avez baptisé les enfants, et celles dont vous avez béni les mariages? — Je ne les connais point; seulement elles se présentaient dans les assemblées qui étaient convoquées, et me priaient de bénir leurs mariages et de baptiser leurs enfants.
Lorsque vous avez convoqué des assemblées, ne s'y estil pas fait des collectes ou quêtes dont vous avez retiré le