LIVRE XLVIII
prix? — A la fin de l'assemblée, on faisait une quête pour les pauvres; mais je n'en ai jamais retiré le prix; on avait seulement l'attention de me fournir des habits lorsque j'en avais besoin, et de l'argent pour ma subsistance; mais je ne puis pas vous dire quels étaient ceux qui fournissaient ces habits et cet argent, parce que je ne les connaissais point et que je n'ai pas tenu compte de l'argent que j'ai reçu.
Puisque vous saviez, en général, que le roi avait défendu l'exercice de la religion protestante, vous deviez savoir par une conséquence nécessaire qu'il ne vous était pas permis de prêcher, de baptiser, de bénir des mariages et de faire la cène selon les rites de cette religion. — Voyant la corruption des mœurs parmi les peuples qui professaient la religion protestante, j'ai cru que ma conscience m'obligeait à les exhorter à rentrer dans leur devoir, et j'ai jugé que je pouvais désobéir en ce point aux ordres du roi pour obéir à Dieu.
A quelle occasion avez-vous pris le parti d'aller prêcher ainsi aux peuples assemblés? est-ce par choix, par le conseil de quelque personne éclairée, ou par quelque inspiration particulière? — C'est par choix que j'ai pris cet état et que j'ai travaillé à m'y perfectionner par la lecture des bons livres et de l'Écriture sainte, demandant à Dieu les grâces qui m'étaient nécessaires pour l'exercice de mon ministère; je me suis contenté pendant longtemps d'exhorter les peuples, et il n'y a que quelques années que j'exerce toutes les fonctions de mon ministère.
De quel droit vous êtes-vous attribué le pouvoir de faire les fonctions de ministre? — J'ai reçu l'imposition des mains dans une ville de la Suisse; il y a environ deux ans et demi qu'un homme vint me prendre sur la montagne de la Lozère et me servit de guide jusque dans la Suisse, où j'ai reçu ma mission.
De quelle façon se fait cette cérémonie? — Je fus conduit dans une salle où je trouvai deux ministres, qui, après une exhortation et une prière, m'imposèrent les mains.
Croyez-vous avoir le même pouvoir d'imposer les mains et de recevoir des ministres ? — Oui.
N'avez-vous reçu aucun de vos frères au saint ministère? -Non.
Depuis que vous avez reçu l'imposition des mains, vous regardez-vous comme indépendant de tous les autres ministres, tant de ceux qui sont dans les pays étrangers que de ceux qui peuvent être répandus dans le royaume? — Je ne me regarde pas comme indépendant , puisque , en recevant l'imposition des mains, je me suis soumis à la discipline qui était suivie dans les Églises réformées de France, lorsque la religion protestante y était publiquement exercée.
Dites-nous quels sont les principaux points de cette discipline. — Lorsqu'un ministre prévarique dans ses fonctions, les fidèles assemblés conjointement avec les ministres étrangers , s'il y en a , ou ceux qui peuvent se trouver dans le pays, sont en droit de lui interdire les fonctions de son ministère.
Cette juridiction se fait-elle à la pluralité des voix? — On choisit ceux qui sont regardés comme les plus honnêtes gens de l'assemblée avec un pareil nombre de ministres, et la voix de ces derniers a toujours une plus grande autorité.
De quelle manière peut -on établir cette juridiction qu'un ministre a prévariqué? — Cela s'établit par une enquête. 1
Après cet interrogatoire la sentence ne pouvait être douteuse. Claris fut condamné à mort, pour avoir commis le crime d'avoir désobéi auxédits qui défendaient aux pasteurs du désert d'exercer leur ministère. En entendant l'arrêt qui le livrait au bourreau, il ne monlra ni arrogance ni faiblesse; il était prêt, car le jour où il s'était consacré à Dieu, il lui avait fait joyeusement le sacrifice de sa vie ; de sa prison où il attendait, à chaque heure le bourreau, il écrivit aux Églises une lettre, dans laquelle il les exhortait à persévérer dans la foi.
Les protestants d'Alais, qui aimaient dans Claris le pasteur fidèle et le chrétien aimable et aimant, lui firentpasser secrètement, par Madeleine Fontanès, sa compagne de captivité, un ciseau en fer avec lequel il souleva la pierre
1. Interrogatoire du 29e jour d'août 1732 , 20 feuilles paraphées à chaque page Caveirac et Claris. — Mss. P. R.