LIVRE XLVIII
leur présence. L'édit royal assujettissait les récalcitrants, la première fois, à une amende qui devait être arbitrée par l'intendant; en cas de récidive, la peine était trois ans de bannissement ét une amende dont le montant ne pouvait être moindre du tiers de leurs biens.1
Cette mesure acheva la destruction des bibliothèques protestantes, les dragons furent les Omars de l'expédition qu'on dirigea contre elles; dans la plupart des villes et des villages on dressa des bûchers, aux flammes desquels on livra les écrits des Calvin, des Bèze, des Viret, des Dumoulin, desDaillé, desBochart, des Drelincourt et de cent autres. Ceux qui redoutaient l'amende ou le bannissement, livraient les livres proscrits; la sainte Bible ne.fut pas épargnée.
L'auto-da-fé le plus considérable eut lieu à Beaucaire. Un marchand de Lyon qui avait apporté en secret, à la foire de cette ville, une grande quantité de livres protestants, dans l'espoir de les vendre à ses coreligionnaires, fut dénoncé et sa marchandise saisie. Un jugement ordonna qu'un immense bûcher serait dressé devant l'hôtel de ville, et que tous les livres proscrits y seraient consumés par le feu. Au jour de l'exécution, en présence des autorités municipales et de M. deBeaulieu, subdélégué de l'intendant du Languedoc, le bûcher s'alluma, et, tour à tour, les flammes dévorèrent des bibles , des catéchismes , des sermons. Les principaux écrivains du protestantisme se trouvaient représentés par leurs œuvres à cette fête barbare et fanatique; elle se passait à quelques pas de la place sur laquelle mourut, avec tant de courage, le jeune Fulchran Rey.2
Nous sommes arrivés à une époque où l'histoire présente de grandes difficultés, car sa physionomie, si nous osons ainsi nous exprimer, est partout sans être saillante nulle part, si ce n'est quand la cour rend quelque arrêt inique. Notre époque est celle des petites et mesquines tracasseries qui ont lieu sur tous les points du royaume où le protestantisme renaît de ses cendres avec ses assemblées synodales et son culte dans le désert. Quand rien de