Ibidem, p
saillant ne nous apparaît, il nous est bien difficile de ne pas laisser tomber de nos mains le fil conducteur qui jusqu'ici nous a conduit dans le labyrinthe des arrêts du Conseil, de ceux des cours souveraines, des sentences des présidiaux et des décisions des intendants; nous ne voulons ni ne devons faire subir à nos lecteurs l'ennui que nous avons éprouvé en présence de ces faits toujours les mêmes. Nous les transportons dans le Poitou.
Le Poitou a fourni des pages sanglantes et glorieuses à l'histoire du protestantisme français. Il n'a manqué à cette contrée, pour devenir un nouveau Languedoc, que des montagnes, des torrents, des gorges et des cavernes. Elle avait déjà eu ses champs de bataille avec Coligny, et son Bâville avec Marillac; son sol était encore tout humide du sang de ses plus fidèles enfants.
Après la mort de Louis XIV, le Poitou se trouvait dans l'état le plus déplorable; en moins de trente ans, sa population protestante avait perdu 60,000 âmes, par suite de l'émigration; la plupart des grands domaines étaient en friche, et dans la seule élection de Niort, 2,000 maisons étaient désertes'. II en résultait une grande perte pour le Trésor.
Quand le régent prit la direction des affaires de l'État, les réformés du Poitou, comme ceux des autres parties de la France, reprirent courage, surtout quand ils le virent signer, le 4 janvier 1717, un traité d'alliance avec l'Angleterre. Ils recommencèrent leurs assemblées; des foules immenses accoururent de tous les côtés et se pressèrent autour de la chaire dressée dans le désert. Les uns faisaient baptiser leurs enfants, les autres bénir leur mariage; tous ceux auxquels les règlements ecclésiastiques le permettaient, trouvaient sur la table sainte un aliment spirituel pour leur âme; les apostats se relevaient par la repentance et la confession publique de leurs fautes, et les églises catholiques, que la peur leur faisait fréquenter,
J. États de Télect. de Niort en 1716. — Mss. don Fontan, 37. — Ce colèbre manuscrit est dans la bibliothèque de Poitiers.