Court, t. m, p. 162 et suiv
mit à torturer. Le valet ne poussa pas un seul cri. Conduit au lieu du supplice, il mourut comme son maître, en camisard et en chrétien. 1
L'exécution de Boëton fut suivie de beaucoup d'autres; ceux qui échappèrent à la corde ou au feu, eurent pour leur lot, les hommes les galères, les femmes les cachots.
Pendant que juges et bourreaux fonctionnaient, le Genevois était détenu dans le fort de Nîmes. Le 1er juillet 1705 il obtint sa grâce. Bientôt après, ayant abandonné le corps dans lequel il avait été incorporé , il fut traduit devant un conseil de guerre qui le condamna à mort comme déserteur. Le jour de l'exécution de sa sentence il fut conduit au lieu de supplice, où tout le régiment suisse était réuni sous les armes; lui, pâle et tremblant à la vue des soldats le doigt posé sur la détente de leurs fusils , écoutait à peine le père Albrelte, qui l'exhortait à la mort. Le peloton chargé de son exécution allait faire feu, quand le colonel, d'un signe , l'arrête. «Le roi, dit-il, a le pouvoir de faire grâce à un criminel; mais Sa Majesté ne m'a pas ôté le droit de punir un déserteur; néanmoins, comme Jean- Louis a servi l'Etat par ses dépositions sincères , je révoque la sentence qui vient d'être rendue contre lui, et lui accorde la vie, la liberté et son congé. »
A ces mots, les fusils braqués contre lui s'abaissent; mais avant de le relâcher on lui ouvre la veine et on lui tire quelques gouttes de son sang perfide , dont la lâcheté venait d'en faire répandre des fleuves d'héroïque. 2
La mort de Boëton , loin d'abattre les protestants , releva leur courage, et moins que jamais ils donnèrent l'exemple de ces honteuses apostasies, qui les avaient plus affaiblis
1. Mss. Ant. Court, Recueil et Mémoires, T. K. — Ces manuscrits précieux se trouvent dans ta bibliothèque de Genève ; ils se composent de lettres de Court et adressées à Court, de mémoires, de pamphlets, de délibérations synodales, de notes, etc. Ils sont réunis en plus de cent volumes. Malheureusement les pièces dont ils se composent ont été reliées sans ordre, presque au hasard. M. F. Wadington a essayé, dans un article inséré dans le Bulletin de la Société de l'hist du prot. franc., de débrouiller ce chaos