‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 123 sur 263 · LIVRE XLVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XLVIII

Le ministère de Fleury, qui succéda à celui de M. le duc, apporta un peu d'adoucissement à l'état des protestants poitevins, toujours sous le coup de l'édit de 1724 et des poursuites de Chebron , qui consigna entre les mains du curé de Thorigné 3,000 livres , destinées à être données à celui qui livrerait Berthelot. Ce prédicant, par son zèle apostolique, maintenait ses frères dans la foi et les disposait à tous les sacrifices ; grâce à ses efforts, les assemblées * se multipliaient, et lorsque ceux qui y avaient assisté regagnaient leurs foyers, ils faisaient un récit vivant, animé des choses qu'ils avaient vues et entendues, et quelquefois des dangers qu'ils avaient courus. Les enfants, auxquels leur âge interdisait assez habituellement la fréquentation des assemblées, prêtaient une oreille avide, et de bonne heure ils apprenaient à aimer une religion à laquelle leurs parents donnaient de si grandes marques d'attachement ; et le sentiment qu'ils avaient du danger qu'ils couraient, leur apprenait de bonne heure l'importance de la discrétion. Un jeune garçon, à peine âgé de dix ans, interrogé sur une assemblée à laquelle il avait assisté à Châteauneuf, aima mieux se laisser traîner en prison que de nommer personne. 1

Chebron, aidé de Gould, voulait, à toute force, faire cesser le prêche, et comme il ne pouvait réussir à s'emparer de tous les prédicants, il pensa qu'il arriverait facilement à ses fins, s'il parvenait à faire un châtiment exemplaire des principaux laïques qui assistaient aux assemblées; il fit demander à la cour des pouvoirs plus étendus par l'intendant; la réponse ne fut pas favorable. Le Conseil ne voulait pas multiplier les supplices et croyait qu'il entrait assez dans l'esprit de l'édit de 1724, en livrant au bourreau les prédicants et en frappant de fortes peines ceux qui leur donnaient asile. Chebron se résigna dès lors , selon ses propres expressions , « à faire beaucoup de bruit sans grand mal.» 2

1. Lièvre, Hist. des prot. et des Églises réformées du Poitou, t. Il, p. 294.

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