Lièvre, t. II, p
Nous ne suivrons ni Chebron ni Gould dans leur croisade contre les réformés de Poitou, car il nous faudrait entrer dans des détails qui, tout intéressants qu'ils sont, n'entrent pas dans le cadre qui nous est imposé; nous nous contenterons de dire que les réformés montrèrent autant de persévérance à manifester leur existence que leurs adversaires en mirent à la leur contester et qu'ils sauvèrent d'une ruine certaine, par leur patiente énergie, le protestantisme dans leur contrée, comme leurs frères du Languedoc dans la leur; c'est dans l'ouvrage de M.Lièvre, si consciencieux et si riche de faits puisés à des sources authentiques, que nous renvoyons ceux de nos lecteurs désireux de connaître plus particulièrement l'histoire de la réforme dans le Poitou.
Jusqu'en 1 742 l'histoire du protestantisme français n'offre rien de bien saillant, les événements du lendemain ne sont guère que la répétition de ceux de la veille; mais voilà, tout à coup un échafaud se dresse et apprend aux réformés que l'édit de 1724 est dans toute sa vigueur; celui qui y monte est un vieillard septuagénaire , dont le nom , jusqu'ici, avait été oublié dans le martyrologe huguenot. Il s'appelait Jean-Pierre Dortial. Il était né à Chalançon , en Vivarais ; son crime était avéré , il avait prêché dans le désert et rempli les fonctions de son ministère. Il fut condamné à être pendu sur l'esplanade de Nîmes.
En entendant son arrêt de mort, il éleva son cœur à Dieu dans une fervente prière et repoussa deux prêtres qui le suppliaient de renoncer à ses erreurs. «Laissezmoi, leur dit-il, en paix; vous prenez une peine inutile ; arrivé à ma dernière heure, je ne veux conférer qu'avec mon Dieu. »
La gloire d'arracher une abjuration au vieillard , excita le zèle du clergé nîmois , et Dortial se vit assailli successivement par dix prêtres qui se relayaient , n'ayant d'autre argument pour le convaincre, que la vue d'un crucifix et celle d'une potence qui se dressait.
Quand ils furent convaincus de l'inutilité de leurs efforts, l'ordre de conduire le patient au supplice fut donné; il