LIVRE XLVIII
pour lesquels il combattait, perdirent la bataille, et le héros camisard qui, après la victoire sur laquelle ils comptaient, devait pénétrer dans le Languedoc par les Pyrénées, vit s'évanouir ses plus chères espérances. Il rejoignit, à Nice, le prince Eugène, dont la tentative sur la Provence échoua. De là il se retira en Angleterre où il dicta ses mémoires à un nommé Galli; ils sont sincères, mais inexacts.
A dater de ce moment, Cavalier disparut complètement de la scène politique et se maria avec la fille aînée de la célèbre Mme du Noyer, dont il n'eut pas d'enfant. Il fut nommé major général de l'armée anglaise et gouverneur de Jersey; il coula des jours heureux et paisibles, et mourut en Angleterre, à Chelsea, le 18 mai 1740.
Bien des jugements ont été portés sur Cavalier; mais la postérité a déjà souscrit à celui de Malesherbes: «J'avoue, dit cet homme illustre, que ce guerrier, sans avoir jamais servi, se trouva un grand général par le seul don de la nature. Ce camisard qui osa une fois punir le crime en présence d'une troupe féroce, laquelle ne subsistait que par des crimes semblables; ce paysan grossier qui, admis à vingt ans dans la société des gens bien élevés, en prit les mœurs et s'en fit aimer et estimer; cet homme qui, accoutumé à une vie tumultueuse et pouvant être justement enorgueilli de ses succès, eut assez de philosophie naturelle pour jouir, pendant trente-cinq ans, d'une vie tranquille et privée, me paraît un des plus rares caractères que l'histoire nous ait transmis.» 1