Ch Coquerel, t. Ier, p
3. Ordonnances des Ier et 16 février 1745, concernant les gens de la religion protestante réformée.
ment la manière inique et injuste avec laquelle on traitait ses plus lidèles sujets. L'indolent monarque probablement ne le lut pas et certainement le comte de Saint-Florentin le jeta dans le panier aux oublis.
A mesure que Louis XV s'avilissait, tout se rapetissait autour de lui, et la France, si redoutée aux jours des plus grands revers de la vieillesse de Louis XIV, tombait rapidement au rang de puissance de second ordre. Le pouvoir, des mains du vieux Fleury, était passé dans celles de ministres aussi peu soucieux que leur maître de la dignité de leur pays. Il semble que des hommes, les uns sceptiques, les autres indifférents aux questions religieuses, auraient dû laisser les protestants célébrer en paix leur culte, surtout quand leur présence dans le royaume ne troublait en rien la sécurité publique; mais le clergé, fidèle à son passé, réclamait sans cesse l'exécution des édits. Avili, mais toujours influent, il pénétrait, de son esprit intolérant, des hommes qui n'étaient pas persécuteurs par nature, et continuait, sous eux, les traditions de Bàville et de Louvois. Louis Phélypeaux, comte de Saint- Florentin, fils du marquis de la Vrillière, fut leur agent; ce seigneur, qui avait, dans ses attributions, la direction des affaires religieuses, et n'avait rien de remarquable que son activité d'administrateur, fut plus occupé de ses galanteries que des malheurs des réformés; il demeura insensible à toutes leurs suppliques, et pas une seule fois il ne fit justice à leurs plaintes pressantes et réitérées.
A l'époque où nous sommes arrivé de nos récits, la position des réformés ne s'est pas améliorée. De 1744 à 1752, elle va toujours en empirant, et rien ne fait prévoir qu'elle aura un terme; on ne leur laisse ni trêve, ni repos; le poisson volant n'a pas plus d'ennemis qu'eux.
Tout moyen pour nuire à ces infortunés est bon à leurs ennemis. La calomnie est une arme dont ils se servent habilement pour les perdre ou pour les noircir. Un jour (1742), ils font courir le bruit que les huguenots des Cévennes sont en pleine insurrection; la cour se hâte d'y envoyer le duc de Richelieu. Le maréchal arrive, tout est
tranquille : on se contente de condamner a un mois de prison deux catholiques des Vans qui avaient fait courir ce bruit. Une autre fois (1745), on répand la nouvelle que 8,500 huguenots des environs de Montauban ont pris les armes et se portent sur Toulouse, commandés par Lamiquière, militaire habile et expérimenté. La cour s'alarme; l'Europe croit à une nouvelle guerre des camisards; ce n'était qu'un bruit sans fondement. Plus tard (1744), le ministre Roger est accusé d'avoir fabriqué et lu en pleine assemblée une lettre en forme d'édit de tolérance qu'il disait être du roi et signée de sa main. C'était faux; mais on n'en continue pas moins à soutenir que quelques protestants ont fabriqué des édits de tolérance 5. Dans la même année, on répand dans la province du Languedoc un cantique qu'on les accuse de chanter dans leurs assemblées, et dans lequel ils demandent à Dieu de donner la victoire aux Anglais, alors en guerre avec la France. Les réformés protestent, avec indignation, contre cette lâche calomnie, et écrivent (2 décembre 1744) au duc de Richelieu une lettre respectueuse, mais ferme: «Nous vous jurons, Monseigneur, lui disent-ils, devant le souverain scrutateur des cœurs, qui saura punir un jour les parjures et les hypocrites, que ce n'est point parmi les protestants qu'a été fabriqué l'exécrable cantique qu'on leur attribue. Leur religion ne commande rien plus fortement que l'obéissance et la fidélité au souverain. Dans les discours que nous adressons à nos troupeaux, nous insistons souvent sur cet article, comme peuvent en rendre témoignage un nombre considérable de catholiques, que la curiosité a attirés dans nos assemblées religieuses. Ceux-là peuvent dire s'ils y ont entendu chanter un pareil cantique, et si l'on y fait quelque chose de contraire au bien de l'État. Ils ont été témoins des vœux pleins de zèle que nous adressons au Roi des rois en faveur de notre auguste souverain, de la reine, son épouse, de U«r le dauphin, et de toute la famille royale, aussi bien que pour tous les seigneurs et magistrats du royaume, et notamment en faveur de Votre Excellence. »