LIVRE XUX
Les enlèvements d'enfants élaient toujours, pour les protestants, le sujet de leur plus grande douleur; ils veillaient sur leur jeune famille comme le berger sur les agneaux de son troupeau, et ne réussissaient pas toujours à les soustraire à leurs ravisseurs. La province de Normandie eut plus à souffrir que les autres de ce rapt. «Pour se faire une juste idée de la manière dont les enlèvements se faisaient, raconte un historien contemporain, il faut se représenter des cohortes d'archers, qui avaient à leur tête divers curés, entre autres le sieur Houvet, prêtre de la paroisse d'Athis, et les sieurs Verger et Grenier, ses vicaires. Ils volaient de paroisse en paroisse, assiégeaient les maisons dans la nuit, et lorsque tout le monde était plongé dans le plus profond sommeil, ils remplissaient ensuite les airs de cris affreux, capables de porter la terreur dans l'âme la plus intrépide; ils frappaient à coups redoublés, au milieu de ces cris, les portes des maisons, qu'ils abattaient à coups de haches, lorsqu'elles tardaient trop à s'ouvrir. Ainsi fuf abattue, par le curé Houvet, celle du sieur Pierre Marchand , dit Lafosse, marchand de grenades; ils entraient ensuite dans les maisons, le sabre à la main et le blasphème à la bouche, renversaient, sens dessus dessous, tout ce qu'ils trouvaient au logis, jusqu'à ce qu'ils eussent trouvé la proie qui faisait l'objet de tant de mouvements et qui allait faire celui de tant de larmes; ils se saisissaient de cette proie, et l'enlevaient même sans lui donner le temps de s'habiller et sans avoir égard aux cris des pères et des enfants, capables d'attendrir les tigres mêmes; ils repoussaient, insultaient, frappaient même les pères et les mères, qui, se voyant enlever ce qu'ils avaient de plus cher, faisaient, dans l'excès du plus touchant désespoir, quelques efforts pour arracher ces objets chéris des mains de leurs ravisseurs. »
Ces enlèvements causèrent de si vives alarmes aux protestants du canton d'Athis que six cents d'entre eux quittèrent la France, ne laissant de leurs biens que ce qu'ils ne purent en emporter.1