‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 133 sur 263 · LIVRE XLIX · texte numérisé non relu

LIVRE XLIX

d'abjurer, ou faire semblant d'abjurer, en demandant la bénédiction nuptiale au prêtre catholique, ou bien d'exposer leurs femmes et leurs enfants à porter un front déshonoré devant la société1. Ceux qui étaient retenus prisonniers, pour avoir assisté aux assemblées, ne pouvaient franchir la porte de leurs cachots, qu'à la condition humiliante de signer le formulaire suivant:

«J'affirme, avec serment, que je déteste les assemblées religieuses et blâme la conduite de ceux qui y assistent; que je ne m'y trouverai jamais, et que j'empêcherai ma femme d'y aller, et promets à Mgr l'intendant de me séparer de ma prétendue femme et de ne plus cohabiter avec elle jusqu'à ce que mon mariage ait été réhabilité en face de l'Eglise catholique, apostolique et romaine. J'atteste aussi que c'est mal à propos et sans aucun sujet légitime que je fis baptiser mon enfant au désert, et promets défaire baptiser ceux que je pourrais avoir, à l'avenir, à l'Église G. A. et R. Le tout sous les peines qu'il plaira à Mgr l'intendant de prononcer contre moi. Fait, etc.»

Cette déclaration, arrachée par la violence, n'était pas ordinairement exécutée; elle laissait, dans le cœur de celui qui lavait signée, le remords de l'apostat. A peine libre, il prenait la fuite et allait pleurer sa faute à l'étranger.

On ne comprendrait pas, nous l'avons déjà dit, la présence des protestants aux assemblées du désert, si on ne savait que le culte public est un des instincts les plus impérieux de notre nature religieuse; c'est ce qui explique l'ardeur avec laquelle les réformés couraient aux assemblées, malgré les dangers qui les y attendaient. Malheur à ceux qui y étaient surpris, les parlements sévissaient avec rigueur contre eux; celui de Grenoble, entre tous, se distingua tristement par des rigueurs excessives; il condamna, en moins de deux ans, plus de trois cents personnes à

1. Arrêt du parlement de Bordeaux du 21 mai 1749. — Idem du 17 décembre 1749, qui déclare concubines dix-huit personnes qui n'ont pas fait bénir leurs mariages par les prêtres et déclare leurs enfants bâtards et inhabiles à succéder. — Arrêt du parlement de Toulouse du 15 décembre 1752.

mort ou aux galères, ou à la prison perpétuelle, ou à la dégradation de leur noblesse, ou à des amendes pécuniaires, ou à des décrets de prise de corps.1

Par ces arrêts iniques vingt-neuf gentilshommes furenl condamnés à être dégradés de leur noblesse, quatorze personnes furent bannies, quatre condamnées au fouet et à être battues de verges par le bourreau, six femmes a être rasées par l'exécuteur des hautes œuvres et enfermées les unes à temps, les autres à perpétuité, deux hommes à être attachés au pilori, trente-quatre aux galères pour trois à cinq ans, six pour dix ans, cent seize, parmi lesquels quarante-six gentilshommes et deux chevaliers de Saint-Louis aux galères perpétuelles, cinq à mort.

Nous écririons tout un volume, s'il nous fallait entrer dans des détails pour raconter comment tous ces infortunés furent amenés devant les conseillers du parlement de Grenoble, parmi lesquels on cherche vainement des juges, parce que sur leur siège on ne voit que des accusateurs qui méconnaissent plus encore les droits sacrés de la défense que les tribunaux révolutionnaires de 1793. Nous fatiguerions outre mesure nos lecteurs, en les faisant assister à chaque assemblée surprise, attaquée, écharpée et en inscrivant jour par jour les arrêts des parlements qui peuplent les prisons et les galères.2

1. Mémoire historique, p. 94 et suiv. — Voyez Arrêts du parlement de Grenoble des 6, 9 et 17 février, 2 et 17 mars, 4, 5, 7, 11, 12 et 22 mai, 28 septembre, 15 octobre et 6 novembre 1745; des 2 avril et 23 septembre 1740. — Les amendes s'élevèrent à 119,260 livres, et les frais de procédure à 38,348 livres 17 sols 9 deniers.

2. Assemblées surprises et écharpées: le 17 mars 1745 dans le diocèse de Lavaur, le 21 novembre de la même année près Saint- Hippolyte (Gard) , le 8 septembre 1748 aux environs de Saint- Ambroix, le 9 juin 1749 aux environs de Montmeyran en Dauphiné, le 22 novembre 1750 aux environs d'Uzès, dans la nuit du 1er au 2 mars 1752 dans la paroisse du Fau, près de Montauban, le 5 novembre de la même année aux environs de Ganges, le 13 février 1753 près de Ctarensac.

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