‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 135 sur 263 · Court, Mémoires historiques, p · texte numérisé non relu

Court, Mémoires historiques, p

ou des pièces de théâtre, ou des romans licencieux. Le scepticisme avait cautérisé leurs cœurs: que leur importait qu'un huguenotallât sous la casaque d'un forçat expirer sur les bancs d'une galère?

Aux arrêts iniques des parlements, aux enlèvements d'enfants, aux profanations des cadavres, se joignaient les massacres. Montauban en 1744-, Chuac et Vernoux en 1745, la Javelière en Poitou en 1747 et 1751 et plusieurs autres localités furent témoins de scènes sanglantes, le sang coula; les meurtriers demeurèrent impunis.

La calomnie, cette arme honteuse pour celui qui s'en sert et si dangereuse pour celui contre lequel elle est dirigée, n'épargnait pas les pasteurs du désert. «Ce sont, disaient perfidement leurs ennemis, des partisans des Anglais; de tous leurs vœux ils appellent l'étranger sur le sol de la France, ils la lui livreraient s'il était en leur pouvoir de le faire.» Et les masses, qui ne réfléchissent pas, accueillaient légèrement ces bruits, et leur haine s'accroissait contre ceux qui en étaient les innocentes victimes. Heureusement l'esprit des pasteurs de cette époque n'était pas celui du fougueux et belliqueux Vivens. Ils ne tiraient pas l'épée du fourreau pour se défendre contre leurs persécuteurs; dans leur détresse ils regardaient à Celui à qui seul appartient la vengeance et ils savaient rendre à Dieu ce qui est à Dieu, et à César ce qui appartient à César. Louis XV«i'avait pas de sujets plus fidèles, les monuments historiques sont là pour l'attester. «Soleil, s'écriait le pasteur Pradel dans une lettre à l'intendant Lenain, puissiezvous ne jamais rien voir de plus grand que la France! Grand Dieu! donnez à la jeunesse des mœurs pures, donnez à la vieillesse un repos tranquille et assuré, donnez enfin à la France et à l'empire français de puissantes richesses, de nombreux sujets, toute sorte de prospérité et de gloire1.» — «J'ose même dire, écrivait le même jour au même intendant, Paul Rabaut, que si jamais Sa Majesté

1. Du désert, 31 octobre 1746. — Bulletin de la Société de l'hist. du prot. franç., t. IX, p. 243.

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