LIVRE XLIX
cruauté qui rappelle celle des jours oùBâville, le dictateur du Languedoc, aurait voulu que tous les prédicants n'eussent eu qu'une seule tête pour le plaisir de la couper et la gloire de la déposer aux pieds de son roi.
Les Églises que la mort triomphante de Desubas avait fortifiées dans leur foi eurent, immédiatement après le supplice du jeune martyr, à subir une grande humiliation. L'un de leurs pasteurs nommé Duperron , à la vue de l'échafaud, renia sa foi et passa des rangs des persécutés dans ceux des persécuteurs.
Le clergé, qui aurait dû rougir de ce nouveau fidèle que lui donnait le bourreau, laissa éclater sa joie et considéra sa conquête comme l'un de ses plus beaux triomphes. Court, qui dans le sang versé de Desubas , avait vu la semence de l'Église, fut attristé de la lâcheté de Duperron; sous le poids de sa douleur il écrivait à Paul Rabaut: «La chute de l'ami que vous avez apprise nous a pénétrés de la plus amère douleur, elle se fit avec grande pompe et en présence de plus de cent cinquante personnes de distinction, après plus de cinquante conférences sur les matières controversées. C'est la crainte de la mort et l'espérance d'une vie trop chère qui a produit un événement de tant de triomphe pour les uns et de tant d'affliction pour les autres, qui fait maintenant le supplice de celui qui y est plus essentiellement intéressé ; les gémissements et les soupirs qu'on lui entend pousser en sont des indices bien certains. Il s'était flatté qu'on le délivrerait après avoir fait ce qu'on exigeait de lui; mais il s'est étrangement trompé et chaque jour va lui apprendre combien son mécompte a été grand, et combien il aurait été plus heureux pour lui de se confier à Celui qui ne trompe point et qui récompense magnifiquement ceux qui le servent, de lui être fidèle et souffrir mille morts plutôt que de manquer à la foi qu'il avait promise. Puisse son exemple, en rappelant à notre esprit de quoi notre faible humanité est capable, nous affermir de plus en plus dans nos devoirs et nous empêcher de les perdre jamais de vue ! » 1