‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 145 sur 263 · LIVRE XLIX · texte numérisé non relu

LIVRE XLIX

chaudement et habilement la cause des Églises du désert, il démontrait l'inutilité des persécutions tout en en faisant ressortir l'odieux; il rappelait l'antique fidélité des protestants pour leur prince et faisait un tableau fidèle, mais navrant, des maux qui fondaient journellement sur eux. «La paix à laquelle on travaille, s'écriait-il, doit rendre le repos à l'Europe, et ils seraient les seuls qu'on laisserait dans l'agitation et dans de mortelles angoisses! — Les horreurs de la guerre qui vont cesser partout s'acharneront-elles sur eux seuls! Tranquilles sur ce qui se passe hors du royaume, auraient-ils à craindre au dedans! Tandis que leurscompatriotes s'empressent de donner à leur monarque le titre de bien-aimé, seraient-ils les seuls qui ne reçussent aucune marque de bienveillance! Seraient-ils forcés de donner des bornes à l'affection dont ils sont pénétrés pour sa personne sacrée, afin de leur frayer le chemin aux grâces dont ils ne sauraient demeurer privés sans mener la vie la plus amère, ou de tâcher d'intéresser les puissances prolestantes en leur faveur!»

L'auteur, au nom de ses frères, suppliait les plénipotentiaires protestants de soumettre les demandes suivantes aux ambassadeurs de France :

1° Amnistie générale de toutes les contraventions aux édits contre la religion et remise de toutes les peines encourues;

2° Abolition des édits contre la religion et mise en état des protestants français sur le même pied que les catholiques d'Angleterre, de qui dépend, quand ils le veulent, de vivre en toute sûreté;

3° Liberté des galériens, prisonniers ou prisonnières et autres condamnés pour fait de religion;

4° Prescription par Sa Majesté le roi de France à ses sujets protestants d'un mode de vivre qui leur permît d'avoir des ministres en nombre suffisant et de tenir des assemblées sans être molestés;

5° Confirmation de tous les mariages bénis et de tous les baptêmes administrés, laquelle, assurant l'état des familles, légitimât les enfants, leur garantît l'hoirie légale, et prévînt les procès fâcheux que les édits entraînent. On consentirait, pour prévenir toute objection , à payer, à chaque mariage ou baptême , les droits accordés par la coutume aux curés et vicaires, comme si lesdits les eussent célébrés eux-mêmes ;

6° Ordre donné par Sa Majesté le roi de France, vu que là où il y a différents partis le plus fort cherche toujours à opprimer le plus faible, d'une répression sévère contre ceux qui troubleraient le repos public, quels qu'ils fussent.

Ces demandes étaient justes, mais ni les plénipotentiaires protestants, ni les plénipotentiaires catholiques, n'en firent l'objet d'une sérieuse délibération. Les huguenots furent oubliés à Aix-la-Chapelle comme à Rysvvick, comme à Utrecht, «et dans cette tourmente, dit Napoléon Peyrat, l'Église du désert réalisait tristement l'image symbolique du sceau qu'elle avait adopté: une nacelle errante sur des flots entrouverts, et des matelots éperdus qui dans leur détresse ont replié leur voile et abandonné l'aviron pour crier à Celui qui dompte les tempêtes: Sauve-nous, Seigneur, nous périssons ! » 1

La moitié du dix-huitième siècle se termina pour les Églises dans les tribulations et dans les larmes et quand la seconde moitié commença, elles virent le clergé plus décidé que jamais à faire exécuter l'édit de 1724. L'évêque d'Agen se fit l'organe de ses désirs dans un écrit célèbre, adressé au contrôleur général des finances le 1er mai 1751. Voici à quelle occasion : Un huguenot, nommé Frontin, était porteur d'une lettre qui tomba entre les mains du prélat; elle contenait ces mots: « C'est l'intention de M. le contrôleur général que l'on accorde toute sorte de protections au sieur Frontin, marchand huguenot, et qu'il soit bien traité et que la connaissance qui en parviendra aux négociants de cette espèce les engage à revenir dans le royaume. »

A la lecture de ces mots, qui indiquaient un retour vers les idées de tolérance, l'évêque crut voir se dresser devant lui le double fantôme des guerres civiles et de l'hérésie; il écrivit au contrôleur général une lettre, triste et honteux monument de l'intolérance épiscopale. L'écrivain , dans sa fougue, relate , avec complaisance , les maux qui sont arrivés en France, à la suite de l'introduction de la Réforme : «C'est elle, dit-il, qui a attiré l'étranger sur le sol de la patrie, et failli compromettre l'unité du royaume; c'est elle

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