‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 146 sur 263 · LIVRE XLIX · texte numérisé non relu

LIVRE XLIX

qui a enseigné un droit nouveau , celui de la souveraineté du peuple qui a engendré des républiques et dressé à des rois des échafauds; c'est elle qui, en substituant à la juridiction souveraine de l'Église le prétendu droit d'examen, ouvre la porte à toutes les extravagances et à toutes les hérésies et donne naissance à une multitude de sectes, honte de l'Église et danger permanent pour les États au sein desquels ils inoculent le venin du déisme et de l'athéisme.»

Ce qui trouble le plus le prélat, c'est la question des mariages; comme tous ses collègues, il regarde les réformés mariés comme des concubinaires et leurs enfants comme des bâtards. «S'ils rentrent en France, dit-il, et que sans croire à la bénédiction sacramentelle, ils la réclament, ne seront-ils pas de misérables hypocrites? et si l'État leur facilite les moyens de s'en passer, leurs femmes ne serontelles pas des concubines, leurs enfants des bâtards et leurs successions continueront à être dévolues à des collatéraux.» Le prélat qui a fait un portrait si hideux de la Réforme croit cependant à la probité des réformés, et il se plaît à croire qu'ils ne voudront ni, de la bénédiction de l'Église romaine, ni d'un acte de l'État qui pourrait valider leur union. «Nous ne serons pas, dit-il, en terminant, témoins du libre exercice du calvinisme, nos yeux ne seront pas frappés de ce spectacle, votre amour solide pour la vérité, votre attachement pour l'État, votre zèle pour la gloire du roi seraient seuls suffisants pour écarter ce malheur, s'il en était question. Notre fils l'héritier, l'imitateur de Louis le Grand, ne rétablira pas les huguenots.»

Cette lettre donna naissance à un écrit remarquable d'Antoine Court1. Il suit le prélat pas à pas et retourne à propos, contre l'Église romaine, les armes dont il se sert contre les réformés; il combat l'intolérance comme contraire à la nature, inutile et funeste à la religion. Dans un récit animé il trace le tableau des maux qu'elle a faits et

1. Le Patriote français et impartial ou Réponse à la lettre de M§r Tévêque d'Agen à M. le contrôleur général contre la tolérance des huguenots, 1er mai 1751-

qu'elle continue à faire à l'État; il venge les huguenots des calomnies du prélat en montrant leur fidélité à leur roi, leur honnêteté comme pères de famille, leur prohilé et leur intelligence comme négociants et industriels. «Ils ne sont, dit l'auteur, ni des déistes, ni des athées, mais des chrétiens; ils reconnaissent le même Dieu que les catholiques; ils ont les mêmes idées de sa nature et de ses attributs, de sa providence, de ses volontés; toute leur religion est dans la romaine. A l'égard de leur culte, il me paraît si simple, si innocent, si pur, que je doute qu'aucun catholique, auquel il est connu, osât le condamner; j'en dis de même de leur morale, et j'oserai croire qu'il n'y a que ceux qui ignorent en quoi elle consiste qui puissent en faire un portrait désavantageux.»

Court attaque les édits de proscription, en démontre facilement l'injustice, l'iniquité et l'inutilité de leur application, puisque la Réforme est toujours debout malgré deux siècles de la plus odieuse persécution. 11 fait ensuite le tableau des maux présents de son Eglise, errante dans les déserts sans autre abri que la voûte des deux; il met sous les yeux du roi les maux infinis qu'a produits l'acte révocatoire; il montre les protestants allant chercher à l'étranger un peu de terre libre pour y adorer Dieu selon leur conscience; les pères et les mères atteints, dans leurs plus intimes affections, par l'enlèvement de leurs enfants, et par la dénégation qu'on leur fait de leurs droits civils, dénégation qui rabaisse l'épouse de leur choix au rang d'une concubine, et les enfants nés de leur union , au rang des bâtards; il mentionne ces cachots et ces galères, témoins muets et impassibles des souffrances de tant d'honnêtes criminels ; il rappelle ces mourants assistés par les prêtres, à leur lit de mort, et leurs cadavres profanés , traînés sur une infâme claie. Il n'oublie pas ces bûchers qui flamboient et sur lesquels meurent les pasteurs, dont le seul crime est d'avoir annoncé le conseil de Dieu.

Court, en terminant, s'adresse au cœur de Louis et lui demande d'ouvrir les portes des cachots et des galères, et de briser les chaînes des forçats protestants.

La voix de Court alla expirer, impuissante, à la porte du cabinet de Versailles, et pendant qu'il faisait appel à la

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