LIVRE XLIX
justice et aux compassions de son roi, une potence se dressait à Montpellier, et le bourreau inscrivait un nouveau nom dans le martyrologe prolestant.
Les soldats arrêtèrent, près du Vigan, un jeune étudiant en théologie originaire de Montpellier, appelé François Benezet, et six semaines après, un ministre Molines dit Fléchier ; la nouvelle de leur capture réjouit la cour, qui croyait toujours que le seul moyen d'extirper le protestantisme du sol français consistait à pendre les prédicants; aussi se montra-t-elle généreuse à l'égard des espions qui avaient mis les soldats sur leur trace1. Le procès des deux accusés ne fut pas long; convaincus, l'un d'être prédicant, l'autre d'en avoir fait les fonctions, ils furent condamnés à mort. On fi* des efforts inouïs auprès de l'étudiant, pour le faire changer de religion. L'abbé Bouyra, qui aspirait à l'honneur de recevoir son abjuration, lui disait: «Si vous résistez à mes conseils, l'enfer sera votre partage.
— ■ Si vous êtes persuadé qu'il y a un enfer, lui répondit le jeune homme avec un accent de voix indicible, me persécuteiïez-vous comme vous le faites? Aurais-je été condamné à perdre la vie sur un gibet pour avoir adressé quelques exhortations à mes frères? » 2
Le martyr se recueillit et demanda à Dieu de le soutenir contre ses tentateurs qui présentaient à sa jeunesse le doux appât de la vie. Dieu exauça sa prière, et quoiqu'il fût sur le point de devenir père, il offrit à Dieu un complet sacrifice. Il marcha à l'échafaud avec un visage serein en chantant d'une voix forte et vibrante le psaume LI. Il avait vingt-six ans à peine quand il échangea les rudes travaux du ministère contre la couronne brillante du martyr. Les Églises furent édifiées par sa mort, et longtemps après son supplice les fidèles chantaient, sur un air du temps, une complainte qui leur rappelait la fin glorieuse du jeune proposant. Pauvre comme tous les prédicants de cette époque, il ne laissa à sa veuve qu'un nom sans tache, et à son en-