‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 148 sur 263 · Mémoire historique de 1751, p · texte numérisé non relu

Mémoire historique de 1751, p

tant qui ne connut jamais son père, il légua l'exemple de sa vie.

Molines, qui par son âge et son expérience du saint ministère aurait dû être pour Benezet ce qu'un vieux militaire est pour un jeune soldat, le jour de sa première bataille, faillit devenir son plus grand tentateur. En face de l'échafaud, il se troubla et après avoir montré une insigne lâcheté dans son interrogatoire, il se prêta à une misérable comédie pour donner plus d'éclat à son abjuration. Après son arrêt de mort, il se confessa, reçut l'absolution et demanda l'extrême onction, pendant que le curé avait fait exposer le saint sacrement pour son agonie et que le commandant militaire et le bourreau étaient à leur poste autour de la potence dressée sur l'esplanade de Montpellier, attendant le patient qui se préparait à marcher au supplice. Lorsque l'intendant, accompagné du subdélégué et du procureur du roi en robe, entra et dit à Molines que, puisqu'il allait mourir, il le conjurait de lui déclarer s'il avait encore quelque chose à dire qui regardât le bien de l'État.

Molines, auquel la terreur de la mort avait bien appris son rôle, répondit qu'il n'avait rien de nouveau à déclarer.

L'intendant lui dit alors qu'il désirait ardemment, pour la consolation de ses juges et l'édification des fidèles, qu'il déclarât dans quelle religion il voulait mourir.

A ces mots, Molines, comme s'il eût eu instantanément une intuition divine des erreurs de la foi qu'il avait prêchée, déclara d'une voix ferme qu'il mourrait dans la religion catholique, apostolique et romaine, hors de laquelle il n'y a pas de salut.

A l'ouïe de ces paroles, l'intendant lui dit: «Eh bien, Monsieur, le roi vous accorde votre grâce.»

Le nouveau converti lui prit alors la main, la baisa, se jeta à ses pieds, «et là, ajoute l'auteur de ce récit, il fit, avec son éloquence naturelle, un remercîment au roi qui fit verser des larmes à tous les assistants.»

La comédie était jouée, Molines la continua dans une lettre dans laquelle il disait: «La seule lumière de la vérité m'a conduit aux pieds des autels; mon changement a été la suite d'une prière fervente et assidue, d'un examen sérieux dans lequel j'ai reconnu la fausseté de la religion

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