‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 149 sur 263 · LIVRE XLIX · texte numérisé non relu

LIVRE XLIX

dont j'étais le ministre et la vérité de celle que j'ai eu le bonheur d'embrasser. Il faudrait sans doute que je fusse le dernier des scélérats pour avoir sacrifié mon salut éternel à quelques jours d'une vie passagère, je ne l'estime pas assez pour l'acheter au prix de mon âme.»1

Le comte de Saint-Florentin, ayant conçu des doutes sur la sincérité de cette lettre, ordonna qu'on instruisît le procès de Molines et qu'un arrêt de condamnation fût rendu contre lui, sauf à lui faire grâce s'il persistait dans son abjuration. Le procès eut lieu; mais le condamné, ayant de plus fort renié sa foi, fut retiré de la citadelle de Montpellier où il était détenu et conduit au séminaire de Viviers pour y terminer son instruction de nouveau converti*. Il contenta ses catéchistes, qui intercédèrent pour lui, et le firent rendre à la liberté.

Quelque temps après, un homme, les larmes aux yeux, se présentait devant le consistoire wallon d'Amsterdam pour le supplier de l'admettre au nombre des membres du troupeau. Cet homme, c'était Molines, que le remords poussait vers la terre étrangère, pour y pleurer ses péchés et proclamer le désir qu'il avait de réparer, par sa repentance, le scandale qu'il avait donné à ses frères. A la vue d'une si grande infortune, le consistoire, ému d'une profonde compassion , ne chargea pas de ses anathèmes le lâche compagnon de Benezet, et lui ouvrit les portes de son Église. La douleur du pauvre apostat ne fut pas éphémère, il crut que ce n'était pas assez de toute une vie pour pleurer sa faute, et jusqu'à ses derniers moments, il ne put se pardonner de n'avoir pas imité son compagnon de captivité. Pendant de longues années , cet infortuné ne voulut pas être consolé; sa figure sillonnée de rides précoces portait l'empreinte du désespoir; mais on y recon-

1 . Lettre de M. Molines dit Fléchier à un de ses amis , avec son abjuration. Paris, 1752, in-12. — A la fin de cette lettre se trouve celle d'un chanoine de Montpellier, qui raconte la conversion de Molines.

Page 1