LIVRE XLIX
croix, il a été pendu deux fois en effigie, comme appert par les jugements rendus par les intendants de Montpellier et d'Auch; poursuivi plusieurs fois par des détachements de dragons , et recherché par des particuliers mal intentionnés, ce qui le met clans la nécessité indispensable de se réfugier dans un pays de liberté; sur ces fondements , nous prions Dieu de le combler de ses grâces les plus précieuses, et de le couvrir de sa divine protection partout où sa providence le conduira.»1
A la vue de ce vénérable vieillard qui compte tant de brillantes campagnes, dans le service de son Maître, et qui prend sa retraite , on éprouve une respectueuse admiration; on pressent pour lui, après tant de jours sombres et nuageux, un doux coucher de soleil; il mourra sans doute sur la terre étrangère, loin de ses chères Cévennes; mais au moins dans son exil, il ne dira pas comme plusieurs de ses collègues, demeurés sourds aux appels réitérés et puissants de Court: «J'ai préféré mon repos à la vie de pasteur du désert.»
En apparence, il manque à la vie de Corteis, pour être complète, un bûcher; si le Seigneur eût permis qu'il en eût un, l'intrépide compagnon d'Antoine Court eût certainement dit comme son vieil ami Roger : «Voici la journée après laquelle mon âme a tant soupiré!» Mais si un martyr est, ainsi que le mot grec l'indique, un témoin de Jésus- Christ, qui confesse son Maître devant les hommes , Corteis fut certainement l'un des plus grands de ceux qui, dans l'Eglise sous la croix, eurent la gloire de travailler et de souffrir pour son saint nom.
Castagnols, qui vit naître Corteis, ne sait pas même aujourd'hui le nom de son illustre coreligionnaire. Puissent les quelques lignes que nous sommes heureux de lui consacrer, le lui rappeler, ainsi qu'aux protestants des Cévennes, du Vivarais et du Dauphiné! La reconnaissance est un devoir sacré, et le culte des souvenirs un privilège et une vertu.