Borrel, Hist. de l'église réf. de Nîmes, p
Lorsque le vieux Corteis quitta son champ de travail pour aller mourir sur la terre étrangère, en continuant à servir ses frères par ses prières ardentes , ils étaient toujours sous le coup des édits; ils ne savaient pas la veille ce que leur préparait le lendemain; et quoique leur patience fût devenue proverbiale1, quelques-uns d'entre eux finirent par être exaspérés. Ceux de Lédignan qui se voyaient forcés par les dragons à rebaptiser leurs enfants, ne consultant que leur désespoir, résolurent de se défendre par les armes et de se venger des soldats et des prêtres. C'était une résolution désespérée; mais qui oserait leur faire un crime de faire la garde, à main armée, autour de leurs demeures pour empêcher les dragons d'y pénétrer? Le prêtre qui rôde autour d'une maison, pour voler un enfant, est-il plus sacré que la bête féroce qui le convoite pour sa proie? Le père qui veille, se laissera-t-il ravir, sans résistance, ce qu'il a de plus cher au monde? S'il a près de lui une arme la brisera-t-il ? S'il le fait en disant à Dieu : Sois mon vengeur! nous l'admirerons; s'il fait feu sur le ravisseur, lui donnerons-nous le rom de meurtrier? Revenons à Lédignan. C'était le 1er août 1752, les paysans de cette petite bourgade étaient en armes, sachant que les prêtres, aidés par un corps de cavaliers, devaient venir enlever leurs enfants. Ils vinrent en effet; les paysans firent feu, le curé de Lédignan fut blessé et ses confrères de Ners et de Quissac furent atteints, et moururent quelques mois après des suites de leurs blessures.
Cet événement tragique attira d'épouvantables calamités sur Lédignan; «les soldats, raconte Antoine Court, se ruèrent sur la bourgade, tous les hommes et une partie des femmes prirent la fuite. Les dragons et nombre de catholiques furent alors employés à traîner les enfants à l'église. Jamais, peut-être, un spectacle plus touchant, ou plus propre à inspirer de l'horreur. Il y avait de ces enfants, déjà d'un certain âge (de quatorze ans et au-dessous), qui ne voulaient point se laisser mener à l'église et qu'il fallait.
1. De même qu'on disait honnête comme un huguenot, on disait patient comme un huguenot.