‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 155 sur 263 · LIVRE XLIX · texte numérisé non relu

LIVRE XLIX

traîner à force de bras; d'autres perçaient les airs et les cœurs, des cris les plus touchants; des troisièmes se jetaient en lions sur ceux qui voulaient les saisir et leur déchiraient, avec les mains, la peau et l'habit. Le curé de Pontual fit publier, le 6 février, à son de trompe, que tous les protestants qui s'étaient mariés au désert eussent à assister, dès le lendemain, à la messe. Aucun d'eux n'y assista et tous de nouveau gagnèrent la campagne; alors l'officier courut toutes les maisons et menaça les pères et mères des nouveaux mariés, que s'ils ne faisaient revenir leurs enfants, il les ferait pourrir dans les prisons. — David de Nîmes, procureur de la régie, se rendit au Cailar pour procéder à la saisie des biens des fugitifs; quelques-uns, pour éviter cette saisie, reparurent; d'autres, plus fermes, persévéraient dans leur fuite. Les biens furent saisis ; une partie des meubles fut vendue à l'encan; les maisons furent fermées à la clef, et les pères et les mères des enfants qui ne revenaient point, furent mis à la rue avec des troupes de petits enfants, appartenant à leurs fils ou à leurs filles qui étaient en fuite.»1

La cour fut profondément irritée de l'audace des paysans de Lédignan et approuva les rigueurs exercées contre eux. En écrivant à M. de Saint-Priest, intendant du Languedoc, et successeur de Lenain, le comte de Saint-Florentin lui disait: «Ce serait tout perdre que de mollir en pareille circonstance,» et il l'engagea à ne rien épargner pour faire arrêter le ministre Coste.

Ce ministre était chéri des populations cévenoles, à cause de son zèle et de son intrépidité... Nature vive, ardente, impressionnable, il bondissait d'une sainte colère à la vue des prêtres quand il les voyait rôder comme des bêtes fauves autour des maisons protestantes pour procéder à des enlèvements d'enfants. Un jour, hors de lui, il souleva, c'était facile, les paysans de Lédignan; nous connaissons le reste.

Le comte de Saint-Florentin, qui écrivait à M. de Saint- 1. Mémoire historique, par. A. Court, p. 65.

Priest de ne pas mollir, craignit cependant que de trop grandes rigueurs n'enfantassent une nouvelle guerre des camisards parmi ces belliqueuses populations cévenoles, alors frémissantes de colère, qui eussent pu se lever, comme un seul homme, au chant de l'une de ces complaintes qui leur racontaient, en termes touchants la fin glorieuse d'un Roussel ou d'un Desubas. Dans cette critique circonstance la cour fut admirablement secondée par tous les collègues de Coste qui accoururent à Lédignan et firent tomber, par leurs remontrances à la fois sévères et paternelles, les armes des mains des insurgés. Un moment ils fuient sur le point de déposer Coste, ils reculèrent cependant, devant cette mesure, dans la double crainte d'irriter les populations cévenoles et de devenir les complices du présidial de Nîmes, qui venait de condamner le belliqueux pasteur à être rompu vif (25 décembre 1752). Ils prirent un moyen terme, et Coste, d'après leur conseil, quitta la France et se réfugia en Angleterre.

A cette époque le marquis Paulmy d'Argenson , ministre de la guerre et fils de l'ancien garde des sceaux de ce nom, visitait les établissements militaires sur la ligne du Rhône et du Var. Son arrivée dans le Languedoc troubla les populations protestantes, qui, attribuant sa présence aux derniers troubles, redoutaient de nouvelles rigueurs. Leurs craintes ne tardèrent pas à se dissiper; car il ne manifesta, pour les réformés, que des intentions bienveillantes. A peine arrivé, les dragonnades et les rebaptisations d'enfants cessèrent.1

Paul Rabaut, témoin des dispositions bienveillantes du marquis, résolut de mettre entre ses mains un mémoire justificatif de la conduite de ses coreligionnaires. L'entreprise était hardie. Rabaut était, en vertu des édits, condamné à mort, et l'homme avec lequel il se trouvait alors face à face, était le même qui avait ordonné le supplice du vénérable Roger. Le pasteur du désert n'hésita pas, il alla se poster contre la baraque de Codognan à

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