‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 157 sur 263 · LIVRE XLIX · texte numérisé non relu

LIVRE XLIX

Paul Rabaut était à cette époque le pasteur du désert le plus considérable; la place qu'il avait conquise au milieu de ses collègues, il la devait non à son ambition, mais à sa supériorité incontestable et à un dévouement qui ne se démentait jamais. Homme d'action, il visitait les Eglises; homme pratique, il les maintenait dans l'obéissance à la discipline; homme de prière, il ne désespérait jamais , et dans les jours les plus sombres il voyait par la foi arriver jusqu'à lui, à travers les nuages, un rayon d'espérance. Dans l'une de ses lettres, qui n'était pas destinée à la publicité, il nous initie à ses travaux de missionnaire et nous fait pénétrer dans sa vie intime : «Pardonnez, Monsieur et honoré ami, écrit-il au pasteur Moultou de Genève, au silence qu'il n'a pas été en mon pouvoir de rompre; occupé d'une multitude d'affaires, le jour ne me suffit pas pour remplir tous ces objets , une bonne partie de la nuit y est souvent employée; je saisis avec plaisir ce moment de relâche, pour répondre à l'obligeante lettre dont vous m'avez honoré. Vous le savez , la renommée grossit les objets; c'est ce qu'elle a fait à mon égard. Moins je me crois tel qu'elle m'a dépeint à vos yeux, et plus je ferai des efforts pour le devenir. Si la grâce divine m'a donné quelque amour pour la vertu, quelque zèle pour la religion, quelque désir d'être utile à mes frères, il s'en faut bien que ces mouvements soient aussi vifs et aussi efficaces qu'ils devraient l'être. Quand je fixe mon attention sur le divin feu dont brûlaient pour le salut des âmes, je ne dirai pas Jésus-Christ et ses apôtres, mais nos réformateurs et leurs successeurs immédiats , il me semble qu'en comparaison d'eux, nous ne sommes que glace. Leurs immenses travaux m'étonnent, et en même temps me couvrent de confusion. Que j'aimerais à leur ressembler en tout ce qu'ils eurent de louable! Les éloges que vous me donnez, en me montrant ce que je dois faire, m'aiguillonnent puissamment à m'y appliquer de toutes mes forces. Daignez joindre à cet encouragement le secours de vos conseils, de vos exhortations et de vos prières. Je serais très-flatté que vous voulussiez me donner quelque

part dans votre précieuse amitié; mais déjà- vous lui en avez donné des preuves en la personne de mes enfants. J'aime à me persuader que ce n'est pas seulement la générosité qui vous porte à vous intéresser pour eux, et que l'amitié dont vous m'honorez y a plus de part encore. Oui, Monsieur, il y a lieu d'espérer que Dieu donnera du repos à Israël. Je reviens à notre procès (la liberté religieuse); on m'écrit qu'il est imperdable. Encore un peu de temps, celui qui doit venir viendra, et ne tardera point; je me délecte à penser à cet heureux temps. Qu'il me tarde qu'il arrive pour avoir le plaisir de vous embrasser et de vous voir travailler avec nous à réédifier les murs de Jérusalem.»'

Nous n'avons pas parlé de la prédication de Paul Rabaut. «On pourrait à cet égard, dit M. Ch. Coquerel, y constater les mêmes qualités que dans ses correspondances sur les affaires du désert. Beaucoup de simplicité et d'onction; plus de douceur que de véhémence; peu de discussions; plus de charité que de profondeur; une exposition dogmatique sans cesse soutenue de conseils moraux : tels sont les mérites distinctifs de ces discours. Il traitait assez rarement les matières de controverse avec l'Église romaine. Il prêchait le dogme, sans y rien ajouter, dans l'esprit et dans les paroles de l'Évangile, sans s'égarer dans les détails et sans se perdre en déductions. Telle est l'impression nette et arrêtée que nous ont faite plusieurs de ses discours. D'ailleurs, pour la forme, ils sont tous fort méthodiques ; ils brillent par la logique des divisions. Celte logique se fait remarquer dans quelques autres discours de cette époque que nous avons pu examiner et qui sont remarquables, soit par l'énergie , soit par la parfaite clarté des vues.»

Tel était l'homme que Dieu avait donné à ses Églises sous la croix, pour les soutenir dans leurs cruelles épreuves. Comme son maître et son ami Antoine Court, il ne fut jamais au-dessous de sa difficile et périlleuse tâche,

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