LIVRE L
semblées*. Richelieu l'aida d'abord avec entrain , ensuite mollement; il se fatiguait de son rôle de persécuteur; il demandait des instructions à la cour, qui lui en envoyait de contradictoires.
Rabaut, dans ces graves circonstances, fut à la hauteur de lui-même; il leva la tête comme le chêne pendant la tempête, et se mulliplia pour empêcher ses frères épouvantés de renouveler les honteuses apostasies de 4685; ses conseils, ses exhortations, ses censures les retinrent sur la pente fatale, où il leur aurait été si facile de glisser. Le clergé, qui redoutait son influence, mit tout en œuvre pour le faire capturer; il faillit réussir à Saint-Césaire : averti à temps, le courageux pasteur descendit de chaire, et sans avoir même le temps doter sa robe, il s'échappa. Ceux qui conseillaient Richelieu, lui firent comprendre que la capture d'un ministre, aussi aimé que Rabaut, pourrait provoquer un soulèvement, et que le mieux serait de le forcer à s'expatrier. Dans ce but le commissaire de Nîmes proposa d'arrêter Magdelaine Gaydan, son épouse, et ses enfants, afin que, nanti de ce gage précieux, on forçât Rabaut à sortir du royaume. Leur proposition ayant été acceptée, un officier, commandant cent hommes, cerna sa maison, située dans l'un des faubourgs de la ville. Il ordonna, au nom du roi, qu'on lui en ouvrît les portes, et chercha le pasteur dans les appartements; on ne le trouva nulle part, mais quand il voulut procéder à l'arrestation de Mme Rabaut et de sa vieille mère , Magdelaine Gaydan fut admirable de courage et de présence d'esprit; elle protesta énergiquement contre la violation de son domicile, et le contraignit, par la seule force morale qu'elle déploya, à se retirer; ce ne fut que pour un peu de temps. De nouvelles menaces lui ayant été faites (22 octobre et 2 novembre 1754), elle comprit le danger^d une plus longue résistance; elle abandonna furtivement sa demeure, et suivie de ses deux enfants et de sa vieille mère, elle alla rejoindre son mari dans le désert. Femme forte et chrétienne , elle sut faire à Dieu l'héroïque sacrifice de son époux bien-aimé. Loin de lui conseiller de s'expatrier, elle lui dit : «Reste, fortifie tes frères et meurs à la tâche.»