‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 166 sur 263 · Journal de Paul Rabaut · texte numérisé non relu

Journal de Paul Rabaut

rang des écrivains parlementaires, qui ne^ cessaient de revendiquer les libertés gallicanes de leur Église et de combattre les empiétements du saint -siège; il attaqua les jésuites dans un réquisitoire foudroyant, et d'Aguesseau lui décerna publiquement le titre rare «d'ami du bien.»1

Rippert de Monclar, qui vivait non loin d'une population mise hors la loi par des arrêts iniques, ne pouvait demeurer étranger à ses souffrances; il se constitua, dans un écrit remarquable2, le défenseur non de sa foi, qu'il tenait pour hérétique, mais de ses droits de citoyen. Il revendiqua pour elle , contre le fanatique évêque d'Alais , la tolérance civile. «Elle est aujourd'hui, disait-il, le sentiment non-seulement de tout, ce qu'il y a en Europe d'esprit chrétien et solide , mais encore de tout ce qu'il y a d'hommes sensés dans l'univers.» Il flétrit la conduite des curés qui profanaient le sacrement du mariage en forçant les protestants à comparaître devant eux pour célébrer leur union. Il rappela, en traits de feu, le scandale, les sacrilèges, les lâches hypocrisies, qui avaient été la suite de l'exécution stricte des édits, et il déclara que les évêques eux-mêmes , pénétrés des scandales du passé et de ceux de l'avenir, devraient, les larmes aux yeux et prosternés au pied du trône, supplier le roi d'abolir ces déclarations pénales «et lui déclarer nettement que leur ministère ne peut plus se prêter en pareille occasion, parce que la gloire de Dieu, la sainteté de la religion, la conscience des évêques, le salut des curés, et la conversion des protestants eux-mêmes, s'y trouvent tout à la fois intéressés.»3

Le magistrat, devançant son siècle de quelques années, réclamait pour les protestants un état civil, et terminait son mémoire par ces paroles : «Si l'on donnait à l'évèque d'Alais une liste exacte de tous les ministres protestants

1 . Il était intitulé : Mémoire théologique et politique au sujet des mariages clandestins des protestants de France, où l'on fait voir qu'il est de l'intérêt de l'Église et de l'État de faire cesser ces sortes de mariage en établissant, pour les protestants, une nouvelle forme de se marier, qui ne blesse point leur conscience et qui n'intéresse point celle des évêques; 1755, in-8°.

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