‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 168 sur 263 · Ch. Coquerel, t. II, p · texte numérisé non relu

Ch. Coquerel, t. II, p

jours la catholique Espagne n'a-t-elle pas condamné Matamoros à dix ans de galères pour s'être permis de faire à quelques personnes l'explication de la Bible? A Rome n'avons-nous pas vu un enlèvement d'enfant1? et dans tous les pays qui signent des concordats avec la papauté, le saint-siége n'y fait-il pas inscrire l'interdiction absolue de tous les cultes dissidents? Bien aveugle serait donc celui qui croirait, comme un illustre académicien* de nos jours, que le catholicisme est compatible avec la liberté religieuse.

Le mémoire de Rippert de Monclar fut accueilli avec une vive reconnaissance par les protestants et consola Paul Rabaut de ses entrevues stériles avec le prince de Conti. Bientôt après éclata une guerre européenne, qui donna du relâche aux Églises; mais les plans de tolérance furent abandonnés, et il ne resta des bonnes dispositions de Conti et des sages propositions de Monclar qu'un souvenir qui s'évanouit au milieu des préoccupations des grandes choses dont l'Europe allait être le théâtre. Les protestants, qu'on paraissait oublier, se demandaient avec anxiété ce qui en résulterait pour eux; ils craignaient et espéraient. Un pasteur du désert, Redonnel , se faisant l'écho des sentiments des Églises, écrivait à Paul Rabaut: «La guerre est sûre; les nouvelles que vous m'apprenez, me marquent mieux encore la certitude de la guerre. Quel, état est le nôtre, mon cher frère, si nous sommes réduits à désirer et à prendre plaisir à une chose aussi terrible que l'est cet épouvantable fléau ! Gardons-nous-en : Dieu ne manque pas, d'autres moyens pour conserver et mettre en liberté son Église et ses ministres. Le Sauveur a versé son sang pour qu'il n'en fût pas versé d'autre. Il fit sa paix, jouissons-en; sa victoire est la nôtre. Avec cette paix précieuse on se met fort peu en peine de ce que les hommes peuvent dire et faire. » 5

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