‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 169 sur 263 · LIVRE L · texte numérisé non relu

LIVRE L

Depuis la fin du dix-huitième siècle, le protestantisme semble s'être réfugié dans les âpres contrées des Cévennes, du Vivarais et du Dauphiné, pour y chercher un abri contre ses implacables persécuteurs; c'est là aussi qu'on trouve les grands traits de son histoire. Il ne sera pas cependant sans intérêt d'arrêter sommairement nos regards sur les autres contrées, où le clergé lui dispute avec acharnement un reste de vie. Transportons-nous dans la Saintonge : les protestants de cette contrée n'avaient ni la vivacité, ni l'exaltation religieuse de leurs frères du Languedoc; ils avaient cependant su conserver leur foi, et chez eux, comme chez les Cévenols, le culte public était une nécessité impérieuse de leur vie religieuse; mais il revêtait une forme moins éclatante et moins pittoresque; rarement ils le célébraient au désert, c'était ordinairement dans des granges ou des chaix. Us ne s'y réunissaient pas sans danger, et plusieurs protestants payèrent de leur liberté leur courageuse opposition aux édits. Parmi les pasteurs qui édifiaient ce pauvre peuple et le soutenaient dans ses épreuves , Gibert se distinguait par son zèle. L'intendant Bâillon de La Rochelle le condamna , le 15 juillet 1756, à mort, comme coupable d'avoir, «depuis plusieurs années, convoqué et tenu des assemblées de religionnaires, d'y avoir prêché, fait la Cène, des baptêmes et des mariages1.» Le même arrêt condamna au bagne plusieurs Saintongeois , qui avaient assisté aux prédications de Gibert. Tous eurent, ainsi que leur courageux pasteur, le bonheur de s'échapper. L'intendant, qui ne put s'emparer de leurs personnes, confisqua leurs biens, et fit fermer tous leurs lieux de réunion.

Les rigueurs de Bâillon eurent un effet contraire à celui qu'il en attendait. Les protestants regardèrent à Dieu dans leurs détresses, et leur foi leur donna le mépris du danger. A la voix de leurs pasteurs, ils coururent aux assemblées, malgré la sévérité que déployait le parlement de Bordeaux pour venir en aide à l'intendant de La Rochelle. Dans les registres de cette cour souveraine, nous lisons que sur les

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