Ch. Coquerel, t. II, p
bords du Lot et de la Garonne, comme sur ceux de la Charente, de nombreuses assemblées secrètes avaient lieu. Parmi les pasteurs qui les présidaient, Défère était le plus intrépide. Ce ministre, né à Grand -Gallargue, avait fait ses études au séminaire de Lausanne , où il se rendit en 1742; à son retour il fut envoyé dans le Languedoc et peu après dans le Béarn, où, secondé par son collègue Journet, il organisa des consistoires à Orthez, à Sales, à Peyrade , à Sainte-Suzanne, à Salies, à Athos, se rendit célèbre dans les Églises, et fut considéré par l'autorité comme le. prédicant le plus dangereux du ressort du parlement de Bordeaux. Dans le document précieux que nous possédons du signalement des pasteurs du désert, nous lisons ces quelques lignes: <t Défère prédicant, il est assez bien fait, taille d'environ 5 pieds 6 pouces, cheveux châtains, portant perruque, tantôt à bourse, tantôt en bonnet très-court de couleur brune, belle main, portant un habit tantôt noir tantôt brun, presque toujours une veste noire; les surnoms qu'il s'est donnés pour échapper aux persécutions, sont: le chevalier de Briga, Montagny. » 1
L'intendant de la province n'ayant pu, malgré des recherches constantes et dirigées avec beaucoup d'habileté, s'emparer du prédicant, il lui proposa de s'exiler : ((En quittant la France, lui disait-il, vous rendrez un service signalé à vos coreligionnaires que vous soustrairez aux périls qui les menacent, quand sur vos conseils ils assistent à vos assemblées; votre obéissance sera appréciée par le gouvernement, qui se montrera bienveillant pour eux.» Défère vit le piège et l'évita. À cette occasion il écrivait les lignes suivantes : «Ne désirant rien avec plus d'ardeur que de concourir, autant que je le pourrai, à la gloire de Dieu et à avancer le règne de notre bienheureux Sauveur, je suis tout disposé à faire tout ce qui pourra y contribuer le plus, et je viderai le royaume si la chose le demande. Je ne puis cependant que vous représenter qu'on fera très-mal de me forcer à prendre ce parti. Du moins encore, je fais un grand bien en ces cantons, et en état avec le secours de Dieu, qui a fait et qui continue à faire prospérer son œuvre entre mes mains, d'en faire encore