LIVRE XLIV
«Je déclare et nous déclarons, avec une promesse inviolable, à tous les anciens catholiques, qu'il ne leur sera fait aucun tort préjudiciable, ni à toute autre secte ou religion, à la réserve qu'ils ne viennent en armes contre nous; car s'il y en avait qui fussent assez faibles que de se laisser persuader aux émissaires, je veux dire aux ennemis du repos public, nous, tous, déclarons qu'ils n'ont point de grâce à espérer, ni tous ceux qui seront contre nous, de quelle religion qu'ils soient.
«Nous voulons aussi servir Dieu, chanter ses louanges immortelles, et faire annoncer sa Parole partout où nous passerons.
« Je remonte à la source de notre mal, parlant à tous les vicaires, prieurs et prêtres et autres qui causent la désunion et veulent détruire l'empire de notre Seigneur Jésus-Christ, qu'ils aient à se retirer de parmi nous, sous peine de la vie, et aux paroissiens qui les garderont dans leurs communautés, d'être traités suivant les lois militaires, qui sont d'être pillés et brûlés faute d'obéissance.
« Nous déclarons que les armes que nous avons prises ne sont pomt pour nous soustraire à l'obéissance et fidélité que nous devons au roi, ni pour nous exempter de payer la taille, mais pour nous décharger des impôts nouveaux dont nous sommes accablés, et nous invitons les catholiques de se joindre à nous pour le même sujet.
« Assurant encore à tous les peuples qui liront ou entendront parler de la susdite entreprise, que nous avons jeté les fourreaux de nos épées en arrière, avec promesse de ne plus les remettre que les demandes ci-dessus ne soient accordées. 1
« Fait au Désert , le 12 mai 1709.
« Signé : Abraham.»
Le projet d'Abraham était, en petit, celui de l'abbé de La Bourlie; il en avait toute la hardiesse, et, malgré l'épuisement des camisards, quelques-uns de ses dangers. — En effet, le théâtre de la guerre avait changé de place, des