Brueys, t. IV, p
Cévennes il était transporté dans le Vivarais, contrée à demi sauvage et plus rude que les Cévennes; ses montagnes élevées, ses forêts épaisses, ses ravins profonds, offraient aux insurgés des retraites où il serait aussi malaisé que dangereux de les poursuivre. Les Vivaraisiens, enfin, race énergique et forte, seraient d'autant plus difficiles à réduire, qu'ils sauraient, par l'exemple de leurs frères, que leurs ennemis vainqueurs seraient leurs bourreaux. .
Bâville, avec l'instinct naturel qu'il avait du danger, partit, le 15 juin 4709, avec Roquelaure, pour le Vivarais, où Abraham marchait de succès en succès. Rien ne lui résistait; chaque attaque était pour lui une victoire. Courten, colonel des Suisses, fut battu à Saint-Fortunat et à Saint-Pierre-Ville, quoiqu'il eût quatre fois plus de monde que les insurgés. Brueys l'avoue de très-mauvaise grâce. «On fut, dit cet historien, obligé de se retirer et de laisser remporter cet avantage à cette canaille, sur des troupes réglées qui devaient les écraser. » 1
Les insurgés ne devaient pas demeurer longtemps dans l'enivrement de leurs premiers succès. Les catholiques ne se levèrent pas à l'appel qui leur était adressé, et la noblesse protestante se tint prudemment dans ses manoirs , regardant, du haut de ses tours, passer le danger, pendant que Roquelaure appelait sous ses drapeaux le ban et l'arrière-ban des milices royales qui brûlaient du désir de se venger des défaites humiliantes que «ces gueux», comme les appelle Brueys, leur avaient fait subir.
Six mille hommes, ayant à leur tête des chefs expérimentés, stimulés par Bâville, se mirent vivement à la poursuite des mécontents, réunis alors sur la montagne des Isserlets, près de Vernoux, où ils tenaient une assemblée religieuse. Dès qu'ils apprirent que les troupes royales marchaient sur eux, ils donnèrent l'ordre de départ, mirent les femmes et les enfants en sûreté, et gravirent ensuite la montagne de Leiris, au pied de laquelle coule la petite rivière de Bresson; c'est là qu'ils attendirent, de pied ferme, Roquelaure; ils étaient à peine deux cents!
A six heures du soir, l'armée royale passa la rivière, et commença à gravir la montagne, en s'efforçant de la con-