‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 172 sur 263 · LIVRE L · texte numérisé non relu

LIVRE L

courait après Défère comme un chasseur après sa proie. Écoutons ce dernier, exposant au roi dans un placet1, que M. Ch. Coquerel a trouvé dans les papiers de Paul Rabaut: «Ces implacables ennemis, Sire, dit le pasteur du désert, qui nous damnent pieusement et nous brûlent par charité, n'ont pas de plus grande passion, ni de soins plus opiniâtres, que de perdre les protestants. Depuis la révocation de Pédit de Nantes, ils n'ont point cessé de sonner le tocsin contre eux, afin qu'on leur coure sus pour les exterminer.... C'est encore, Sire, quelque chose de bien inhumain que de ravir par violence aux pères et mères leurs entants; c'est violer les lois les plus saintes et sacrées de la nature , c'est ruiner l'autorité paternelle , la plus juste, la plus ancienne, la plus vénérable de toutes. C'est pourtant à cette barbarie, qui fait frémir d'horreur la tendresse fraternelle, où les protestants sont tous les jours exposés. Ils ont encore plusieurs de leurs enfants, qu'on leur a arrachés par force, enfermés dans des couvents, à Orthez, à Dax, à Pau. Rien aussi de plus tyranique que ce que les prêtres font aux huguenots quand ils sont malades; ils ne manquent pas de les visiter bien escortés, surtout quand ils sont à toute extrémité, afin d'en extorquer quelques paroles de travers; à leur arrivée ils font chasser avec violence les pères, les épouses, les mères, les enfants, tous les parents ou amis d'auprès du lit du malade; après quoi on le menace, on l'intimide, on lui crie avec un ton de fureur, pour lui prouver que sa religion est hérétique, qu'il sera damné à tous les diables, etc.»

Les plaintes des Béarnais allèrent expirer à la porte du cabinet du roi, trop occupé de ses plaisirs; il laissa les parlements fonctionner à leur guise; mais leurs arrêts furent impuissants, car les hommes qu'on envoyait aux galères et les femmes qu'on ensevelissait vivantes dans d'affreux cachots, «ne faisaient pas perdre aux protestants le goût des assemblées.»

La Guyenne n'était pas mieux traitée que le Béarn; les

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