Ce placet ne fût pas présenté au roi
mêmes scènes y avaient lieu. En les racontant, nous ne ferions que répéter ce que nous avons dit; c'étaient les mêmes douleurs , les mêmes plaintes : on enlevait les enfants, on traînait les hommes et les femmes à l'église, on pourvoyait les galères et les prisons , on écharpait les assemblées. A force de terreur on obtenait quelques conversions. A Bordeaux on fit un magnifique auto-da-fé de livres, et 5,572 volumes furent brûlés par les mains du bourreau, au bas du grand escalier du palais de justice; parmi les livres figurait le catéchisme d'Osterwald, qui, jusqu'à nos jours, a été en usage dans les Églises protestantes. Les protestants présentaient des placets', dans lesquels ils revendiquaient énergiquement leurs droits, en appelaient à la loi civile, sous la protection de laquelle ils s'abritaient. On leur répondait de Versailles, par l'intermédiaire du commandant de la province de Guyenne, qu'ils étaient des rebelles, des séducteurs; on menaçait les auteurs de ces pamphlets de toute l'indignation du roi; on leur ordonnait la soumission pure et simple, et on ne leur cachait pas qu'on ne se relâcherait en rien des rigueurs accoutumées2. Les Églises ne courbèrent pas la tête devant le despotisme brutal de la cour de Versailles, et leur goût pour les assemblées devint d'autant plus vif qu'il y avait plus de danger à y assister. Il y eut, à cette époque, une recrudescence de zèle religieux; les communiants du Rouergue écrivaient de Saint -Affrique à Paul Rabaut : «Nous sommes privés du pain céleste et des sacrements,)) et lui disaient, comme à Paul : «Passe en Macédoine et viens nous secourir3.)) Le Languedoc se faisait particulièrement remarquer par son zèle. Rabaut réunissait autour de lui des foules immenses. «Quand vous ne pourriez, lui écrivait de Ganges le pasteur Pomaret, nous donner qu'un jour par semaine, tous iraient vous écouter.)) C'était partout, excepté dans le nord de la France, comme une résurrection , et le protestantisme , semblable au chêne des montagnes battu par l'orage, enfonçait d'autant plus