‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 174 sur 263 · LIVRE L · texte numérisé non relu

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ses racines sur les lieux où il avait souffert , que ses ennemis étaient plus acharnés à sa perte. Paul Rabaut, qui comprenait, comme Court, que la bénédiction de Dieu pour son peuple n'est qu'au prix de sa fidélité, veillait soigneusement à l'exécution de la discipline; malheur à celui qui n'harmonisait pas sa, vie avec ses principes, il encourait les censures de l'Église; quand le cas était grave, il était excommunié. Nous ne supporterions pas de nos jours cette sévérité, et cependant elle était commandée par la situation. Que seraient devenues les Eglises du désert, si, comme celles de notre époque, elles n'avaient eu ni confession de foi pour régler leur croyance, ni discipline pour régler leur vie? Elles se seraient évanouies du sol français. Ne l'oublions pas : si la foi engendre l'obéissance , l'obéissance conserve la foi. Calvin l'avait bien compris, et le protestantisme qui, sans la forte organisation qu'il lui donna, se serait dissous au contact de tant de persécutions, avec elle demeurait debout.

L'homme qui pendant plus de ^quarante-cinq ans avait travaillé à la réorganisation des Églises, Antoine Court, mourut à Lausanne en septembre 1760. Il termina dans la tempête son ministère commencé dans la, tempête. A l'heure où il dut dire un dernier adieu à ces Églises qu'il avait aimées dans sa jeunesse comme un fils, et que, dans sa vieillesse, il aimait comme un père, désespéra-t-il de son œuvre en la voyant attaquée avec tant d'acharnement? Nous ne le croyons pas. Dieu épargna certainement à son fidèle serviteur cette dernière amertume. Après avoir, pendant de si longues années, vu si souvent la nacelle protestante près de sombrer et toujours se relever, quand ses ennemis croyaient le plus à son naufrage, il dut regarder à Celui qui avait été son secours dans ses détresses, et l'assurance dut lui être donnée que la nacelle arriverait au port. Nous aimerions connaître des détails circonstanciés sur les derniers moments de ce pieux Néhémie; mais toutes nos recherches ne nous ont fait découvrir qu'une lettre de son fils, qui annonce brièvement à un

ami la mort de son père1. Sa fin dut être paisible, car il était de ceux qui se présentent devant le Maître en lui rapportant le double des talents qu'il leur a confiés. En effet, quel homme eut Une vie plus pleine de bonnes et grandes œuvres et travailla dans le champ évangélique avec plus de renoncement à soi-même et de persévérance, et cependant ce grand homme , dont Dieu se servit pour réparer les brèches que Bàville avait faites au protestantisme, n'est connu que de quelques-uns de ceux qui lui doivent leur foi, leurs temples relevés, leur culte, le bonheur de n'être pas sous, le joug papal et le privilège d'être sous celui de la sainte Ecriture. Quelle honte! et comme nous nous sentons heureux et fier de contribuer pour notre faible part à dresser un piédestal à l'homme qui, après Calvin, mérite le plus la reconnaissance des Églises réformées, dont l'un fut le grand législateur et l'autre le grand réorganisateur.

Après ses travaux évangéliques dans le Languedoc, la grande œuvre de Court fut la fondation du séminaire de Lausanne, qui fournit des pasteurs aux Églises du désert, et dont plusieurs posèrent sur leur front la glorieuse couronne du martyre. La mort d'Antoine Court fut un deuil public pour les Églises; elles sentirent la grandeur de la perte et le vide immense qu'elle faisait au milieu d'elles : les plus grands hommes ne sont bien souvent appréciés de leurs contemporains qu'après leur mort.

Antoine Court, comme tous les réformateurs, vécut pauvre et mourut pauvre, et ne légua à son unique fils, Court de Gébelin2, que son manuscrit de l'histoire des Camisards et un grand nom. Court de Gébelin naquit à Nîmes en 1728 et fut élevé avec beaucoup de soin à Lausanne, sous les yeux de son père, qui le destina au ministère évangélique. Deux ans avant sa mort, il eut la joie de lui imposer les mains; mais les instincts littéraires et scientifiques du jeune ministre le jetèrent en dehors de la

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