‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 175 sur 263 · LIVRE L · texte numérisé non relu

LIVRE L

carrière pastorale. En 4763 il alla se fixer à Paris, où il s'occupa avec tant de zèle désintérêts des Églises, qu'elles le nommèrent par reconnaissance leur représentant, avec un traitement de 450 livres. Nul n'était plus propre que lui à remplir dignement cette tâche délicate et difficile; son activité était prodigieuse ; sa facilité d'écrire étonnante ; ses rapports avec les lettrés et les savants journaliers. Son influence, qu'il dut d'abord à son caractère aimable et à ses connaissances variées, s'accrut de toute la gloire qui s'attacha à son nom par l'apparition du premier volume de son grand ouvrage : «Le Monde primitif», œuvre colossale , qui fit dire à d'Alembert : « si l'auteur avait eu quarante savants pour l'aider?» Depuis l'époque de son arrivée à Paris jusqu'à sa mort, nous le trouverons occupé, au milieu de ses travaux littéraires et scientifiques, à remplir son mandat avec zèle et avec intégrité, malgré les obstacles qui lui venaient de la cour et trop souvent des Églises, dont il surveillait les intérêts.

Les Églises, malgré les vexations continuelles du clergé romain, trav allaient sans relâche à leur reconstitution, et chaque jour, une pierre nouvelle, débris du passé, était ajouté* à l'édifice nouveau. Le séminaire de Lausanne envoait des pasteurs fidèles, dévoués pénétrés de l'esprit de son pieux fondateur ; grâce à leurs travaux et aux idées de tolérance qui commençaient à se faire jour dans les esprits, les protestants croyaient, non à la fin des persécutions, mais à leur ralentissement. Quand tout à coup ils virent se dresser à Toulouse un échafaud sur lequel monta un jeune pasteur du désert, François Rochette.

François Rochette naquit à Vialas, dans le Gévaudan, d'une famille pauvre, mais pieuse. De bonne heure, le jeune paysan qui se sentit, comme Paul Rabaut, appelé au ministère évangélique, alla, sous la direction du vénérable Court, faire ses études au séminaire de Lausanne. A son retour (20 janvier 1760), il reçut l'imposition des mains des pasteurs Sicard, J. Gardés, Figuières et Gabriac. Le jeune pasteur se distingua par son zèle et sa piété, qui le rendirent cher aux Églises. Il desservit d'à-

bord celles de l'Agenais et fut bientôt après appelé à donner ses soins à celles du Quercy. Ses travaux multipliés altérèrent considérablement sa santé, et au mois de septembre 1761, il fut obligé de les suspendre et d'aller demander aux eaux de Saint-Antonin de lui rendre des forces qui ne répondaient plus à son zèle pour le service de Dieu. Il partit et, arrivé à minuit près de Caussade1, rien ne lui faisait présager le danger au-devant duquel il courait, car depuis quelque temps la cour s'était considérablement relâchée de ses rigueurs à l'égard des protestants. Le 13 septembre 1761 on le pria d'administrer le baptême à un enfant dans un hameau voisin. Ne connaissant pas le chemin , il pria son guide nommé Viala de lui chercher quelqu'un qui pût le conduire au lieu où il était attendu. — ■ Au point du jour Yiala, revenant avec un jeune homme nommé Michel Balès, fut rencontré par une patrouille ; interrogé sur le but de son voyage, il répondit qu'il allait à Montauban et qu'il attendait un cavalier. Un moment après ce cavalier arriva, c'était Rochette; on lui demanda où il allait, il répondit : A Saint-Antonin; cette contradiction entre ses paroles et celles de Viala éveilla les soupçons. On les arrêta et on les conduisit au corps de garde, et le lendemain on procéda à leur interrogatoire. — Rochette avoua franchement qu'il était ministre de l'Évangile.

A la nouvelle de l'arrestation de Rochette, deux cents paysans résolurent d'enlever leur ministre et pénétrèrent dans la ville la nuit suivante ; mais ils furent contraints de battre en retraite devant l'altitude ferme et résolue de la garde. Le lendemain les magistrats appelèrent tous les habitants aux armes, — et ce ne fut pas sans un étonnevnent mêlé de dédain que les catholiques virent accourir les premiers , les notables bourgeois protestants. Les paysans refoulés hors de l'enceinte de Caussade renouvelèrent leur attaque, mais sans succès. Ils en tentèrent une troisième sous le commandement de trois gentilshommes verriers, les frères Grenier.

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