‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 176 sur 263 · LIVRE L · texte numérisé non relu

LIVRE L

Ces trois frères appartenaient à l'une de ces familles du pays de Foix, anoblies par les rois de France en reconnaissance des services qu'elles avaient rendus à l'État par l'impulsion qu'elles avaient donnée à la fabrication du verre; elles vivaient patriarcalement, retirées dans leurs montagnes loin du bruit et des dissipations du monde. Quand la Réformation éclata, elles l'embrassèrent avec ardeur et leurs vertus privées reçurent un nouvel éclat de leurs vertus chrétiennes: au nombre de ces familles dont quelques-unes existent encore, celle de Grenier, sieur de Lasterme, eut riionneur insigne de souffrir pour la sainte cause de l'Évangile. Isaac de Grenier, vieillard septuagénaire, fut condamné, le 6 février 174-6, aux galères perpétuelles pour avoir désobéi au roi en assistant à une assemblée. Jean et Marc, ses deux fils, coupables du même crime, subirent la même peine. — Son gendre, Jean de Grenier, sieur de Courtelas, fut arraché de son lit où le retenait une grave maladie et transporté aux Armurats, où il fut jeté sur le même grabat qu'un agonisant qui expira bientôt après. Pendant deux heures, il demeura enchaîné à ce cadavre; ce ne fut qu'à force de prières qu'il obtint d'être envoyé à l'hôpital, d'où il s'évada le 24 février 174-7. 1

Revenons aux trois frères Grenier dits de Commel, de Sarradon et de Lourmade ; ils appartenaient à la noble famille des Grenier. Jeunes, ardents et zélés pour leur cause, ils se mirent à la tête des paysans et se portèrent sur Caussade dans l'intention de secourir leurs coreligionnaires qu'ils croyaient, non sans raison, menacés d'une nouvelle Saint-Bartbélemy. Ils étaient près de la ville quand ils furent reconnus et obligés, vu leur infériorité numérique, de faire volte-face. Ils furent poursuivis et faits prisonniers à l'aide de chiens de bouchers qui mirent leurs ennemis sur leurs traces. On les transporta avec Rochette et ses deux guides Viala et Balès et cinq autres à Montauban, d'où on les dirigea vers Toulouse; le parlement de cette ville, devant lequel ils comparurent, les condamna, le 18 février 1762, à avoir la tête tranchée2 et Rochette à être pendu.

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