Probablement à cause de leur qualité de gentilhomme
Pendant que le procès du pasteur du désert et de ses compagnons de captivité s'instruisait, Paul Rabaut fit des démarches très-actives pour les soustraire à la mort. 11 s'adressa à Marie-Adelaïde , fille aînée de Louis XV et de Marie Leczinska. Cette princesse avait su se conserver pure au milieu de la cour corrompue de son père et se faisait remarquer par ses vertus et sa bienfaisance. Rabaut lui écrivit , peu de jours après l'arrestation de Rochette, une lettre des plus touchantes ; ses démarches furent infructueuses , soit que sa lettre ne parvînt pas à la princesse, soit que sa conscience de zélée catholique ne lui permît pas de prendre la défense d'un culte proscrit.'
Paul Rabaut ne se découragea pas ; il s'adressa successivement, mais inutilement, au duc de Richelieu, et au duc de Fitzames. — II ne fut pas plus heureux auprès de Jean-Jacques Rousseau. Le philosophe s'apitoya sur le sort de ses malheureux frères et se réfugia dans son égoïsme pour se dispenser de s'occuper d'eux.2
Revenons à Rochette et à ses compagnons.
A l'ouïe de l'arrêt qui les frappait, ils se regardèrent et dirent : « Puisqu'il faut mourir, prions Dieu qu'il agrée le sacrifice que nous allons lui offrir. » Rochette tomba à genoux et fit une touchante prière; puis ses trois compagnons de mort et lui embrassèrent leurs deux camarades condamnés aux galères et félicitèrent ceux qui avaient été mis hors de cause. Témoin de cette scène touchante, Belot, le secrétaire du parquet, ne pouvait retenir ses larmes. Quelques instants après, quatre curés entrèrent et insinuèrent aux condamnés que la vie serait le prix de leur abjuration. «Nous vous remercions de votre zèle, leur dit Rochette , mais nous vous prions de vous retirer et de ne pas nous troubler dans nos derniers moments. »