LIVRE LI
Le procès de Calas et de ses coaccusés commença. Mais après l'audition de trente témoins, rien ne prouvait encore qu'ils fussent les auteurs du crime qu'on leur imputait. Le procureur du roi s'adressa alors à l'autorité ecclésiastique, afin qu'un avertissement ou monitoire fût lu au prône et affiché dans les rues pour informer tous ceux qui sauraient par ouï-dire ou autrement les faits en question sur les accusés, qu'ils devaient sans retard le déclarer soit à la justice, soit aux curés, s'ils ne voulaient pas encourir l'excommunication.
Le monitoire revêtu de la signature de l'abbé de Cambon, vicaire-général, fut affiché d'une manière solennelle dans les églises de Toulouse pendant trois dimanches consécutifs.*
Les témoins manquant, de nouvelles publications eurent lieu le 13, le 20 et le 28 décembre. Aux injonctions de la loi civile se joignirent les menaces de l'Église , qui fulmina l'excommunication contre ceux qui, ayant connaissance du crime, ne le révéleraient pas. Ce qu'il y avait de plus odieux dans cette pièce, c'est l'affirmation de la culpabilité des accusés, quand rien ne l'établissait. Le monitoire connaît tout dans les moindres détails, et il demande des témoins pour confirmer ce qu'il sait si bien! Jamais on ne se joua plus impudemment des droits sacrés de la justice; jamais juges ne souillèrent d'une manière plus cynique leur robe de magistrat. Il y eut quelque chose de plus étrange encore; à force de vouloir trouver des coupables dans les Calas, on affirma hautement que les protestants étaient obligés, par leurs usages et leur loi religieuse, de dénoncer ceux de leurs parents qui abjuraient et même d'être leurs propres bourreaux.
Cette grossière calomnie trouva de l'écho chez les Toulousains, et Marc-Antoine devint tout à coup, à leurs yeux, un saint martyr étranglé pour la cause de l'Église. On lui fit de splendides funérailles ; elles eurent lieu un dimanche à trois heures de l'après-midi. Quarante prêtres, revêtus de leurs plus beaux habits sacerdotaux, firent la levée du