‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 190 sur 263 · LIVRE LI · texte numérisé non relu

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mée, il lui cria en lui montrant l'échafaud dressé à côté de la roue: <£ Malheureux, voilà le bûcher qui va réduire ton corps en cendre, dis la vérité.» Le patient détourna la tête et garda le silence. Les deux heures pendant lesquelles l'arrêt ordonnait qu'il serait placé sur la roue étant expirées, le bourreau lui fit la grâce de l'étrangler.

La foule, vivement impressionnée, s'écoula en silence; les deux dominicains qui avaient assisté à son exécution, attestèrent qu'il avait persisté à se déclarer innocent et rendirent ainsi témoignage à son innocence. 1

Les juges de Calas étaient troublés; il leur fallait, pour rendre la paix à leur conscience, d'autres victimes, et le lendemain de l'exécution du vieillard, le procureur général requit que sa veuve, son fils Pierre et La Vaisse fussent pendus après avoir lait amende honorable, et Jeanne Viguière condamnée à être témoin de leur exécution et à être enfermée ensuite pour sa vie au quartier de force de l'hôpital.

La cour n'osa pas se conformer à ce sanguinaire réquisitoire. Pierre Calas fut condamné au bannissement, auquel il échappa par une feinte et lâche abjuration ; ses deux sœurs furent enfermées dans un couvent, la veuve du martyr et le généreux La Vaisse obtinrent leur élargissement.

Le drame qui venait de se dénouer sur la place Saint- George eut un immense retentissement, en France et à l'étranger et y causa une profonde sensation. Plusieurs protestants du Languedoc, sous le poids d'une indicible terreur, s'expatrièrent et allèrent chercher en Suisse une sécurité qu'ils ne trouvaient pas dans leur patrie. *

Quand Voltaire, retiré à Ferney, connut les détails de l'affreuse exécution du 42 mars 4762, il fut saisi d'horreur; une pensée généreuse lui monta au cœur, et en s'y

1 . Les matériaux du récit de l'exécution de Calas ont été pris dans le procès-verbal publié par M. Frédéric Thomas, avocat à la cour impériale de Paris, dans les Petites Causes célèbres du jour, n° 7, en juillet 1855, et inséré dans le journal la Presse le 2 août suivant.

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