‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 191 sur 263 · Court de Gebelin, les Toulousaines · texte numérisé non relu

Court de Gebelin, les Toulousaines

dévouant il inscrivit, dans l'histoire de sa vie, le plus doux de ses souvenirs et son plus beau titre de gloire devant la postérité.

Cet homme remarquable naquit, les uns disent à Châtenai, les autres, avec plus de probabilité, a Paris le 20 février 1694; en venant au monde il était si chétif qu'on ne put le baptiser que neuf mois nprès sa naissance. Son père, qui appartenait à la petite noblesse et occupait le poste de trésorier de la Cour des comptes, confia sa première éducation à l'abbé de Châteauneuf, qui lui donna sa première leçon d'incrédulité et le présenta à la célèbre Ninon de Lenclos qui, frappée de sa gentillesse et de la vivacité de son esprit, lui légua, par son testament, 2,000 livres pour monter sa bibliothèque. Le jeune Arouet, après avoir fait ses études à Louis-le-Grand où il eut pour professeur de rhétorique le jésuite Porée, fut présenté à la Société du Temple qui comptait parmi ses membres les beaux esprits de l'époque et plusieurs grands seigneurs, tous renommés par leur épicurisme et leur incrédulité. Le jeune Arouet se trouva dans son véritable élément et se livra à son goût pour la poésie. Son père, qui n'ambitionnait pas, pour son fils, la vocation de poëte, lui fit faire, tour à tour, son apprentissage de page et de clerc de procureur; mais son penchant pour la poésie plus fort que la volonté paternelle le jeta, comme Clément Marot, dans la carrière des lettres, où il devait, pendant un demi-siècle, régner en maître absolu. Une satire sur Louis XIV qui lui fut faussement attribuée le fit mettre à la Bastille où il employa ses loisirs forcés à terminer sa Henriade et à ébaucher sa première tragédie, Œdipe. Au régent, qui lui ouvrit les portes de sa prison et lui remit une somme de 100 louis pour compenser une captivité imméritée, il écrivit une lettre dans laquelle il lui disait: « Je remercie Votre Altesse de vouloir se charger de ma nourriture; mais je la prie à l'avenir de ne plus se charger de mon logement.» Ce fut à cette époque qu'il prit le nom de Voltaire, du nom d'un petit domaine que sa mère possédait dans le Poitou.

Les débuts du jeune poëte ne furent pas très-heureux; mais la hardiesse de ses pensées et les maximes philosophiques dont ses pièces de théâtre étaient pleines, attirèrent sur lui l'attention publique et entourèrent son

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