‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 192 sur 263 · LIVRE LI · texte numérisé non relu

LIVRE LI

nom d une certaine popularité. A la suite d'un guet-apens dont il fut la victime, de la part du chevalier de Rohan, il fut jeté une seconde fois à la Bastille pour six mois et exilé à sa sortie. Il reçut à Londres (1726) un accueil distingué, et le célèbre Bolingbrocke l'admit dans son intimité. L'Angleterre, à cette époque, était travaillée par le scepticisme d'une manière dangereuse pour sa foi religieuse et ses libertés. A la tète de ce mouvement antichrétien se trouvaient Bolingbrocke, Hobbes, Tindal, Hume; leur projet, ils ne le cachaient pas, était de renverser le Christ de son trône et d'y faire monter la raison. Voltaire, qui jusqu'à ce moment avait été irréligieux sans faire profession d'irréligion, entra en plein dans la voie fatale et honteuse qui fit de lui la personnification de l'incrédulité française au dix-huitième siècle. Dans la bataille qu'il livra au christianisme , il fut secondé par un grand géomètre , d'Alembert, et par un philosophe enthousiaste, Diderot; le roi de Prusse Frédéric II lui apporta le prestige de son nom; quelques années lui suffirent pour pervertir la France, et il fit plus de mal avec sa plume au catholicisme que le catholicisme n'en avait fait aux protestants avec ses dragons. Il fit rire à ses dépens et immola ses adversaires à son impitoyable raillerie. Peut-être nous occuperons-nous un jour d'écrire cette page aussi triste qu'instructive de notre histoire nationale, car elle nous explique comment le beau monument de 1789 alla sombrer honteusement sur les écueils de 1793, et comment les Français, qui, depuis cette triste date , oscillent entre le despotisme et la liberté, sont un peuple puissant, impuissant à devenir un grand peuple.

Autour de lui et de ses principaux lieutenants se groupèrent une foule de gens de lettres de second ordre, la plupart frivoles, légers, épicuriens qui se jetèrent hardiment et tête baissée dans la mêlée au cri du mot d'ordre : «Écrasons l'infâme1.» Voltaire, du fond de sa brillante retraite de Ferney, traçait les plans d'attaque, aiguillonnait, stimulait, certain de détruire l'œuvre «des douze faquins qui avaient fondé le christianisme. »

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