‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 193 sur 263 · G"est ainsi qu'ils désignaient la religion chrétienne · texte numérisé non relu

G"est ainsi qu'ils désignaient la religion chrétienne

Ce fut au moment où Voltaire, plus ardent que jamais, attaquait corps à corps le christianisme qui se personnifiait à ses yeux dans le catholicisme, que la nouvelle du drame de Toulouse lui arriva. Il épousa chaudement la cause de Calas, et sa réhabilitation devint pour lui une idée fixe. Sa volumineuse correspondance que nous avons sous les yeux, ses mémoires que les plus habiles jurisconsultes auraient été fiers de signer; les personnes influentes de la cour, les avocats1 les plus célèbres de l'époque qu'il intéressa au sort d'une famille infortunée, toute l'Europe dont il se fit un auditoire dans lequel il fit passer son indignation , tout nous dit l'énergie incroyable qu'il déploya; on voudrait, en lisant cette page glorieuse de sa vie, oublier le cynique vieillard qui écrivit la Pucelle et le philosophe haineux qui attaqua le Christ.

Les efforts du défenseur de Calas furent couronnés d'un plein succès ; sa cause, qu'il avait gagnée devant le tribunal de l'opinion publique, prépara son triomphe définitif. Le Conseil d'État, présidé par le chancelier de France2, cassa, le 7 mai 1763, solennellement et à l'unanimité l'arrêt du parlement de Toulouse. Paris et la province saluèrent, par leurs acclamations, la réhabilitation de Calas; dans sa joie Voltaire écrivait à Damilaville: «Mon cher frère, il y a donc de la justice sur la terre, les hommes ne sont pas tous de méchants coquins comme on le dit.»

Toulouse accueillit, avec une colère qu'elle ne chercha pas à dissimuler, la grande nouvelle du jour ; on y soutint que le Conseil d'État était incompétent pour casser l'arrêt d'une cour souveraine, puisqu'elle représentait le roi. Légalement, les plaignants avaient raison. Le prince, au nom duquel la justice se rend , doit le premier se courber devant ses arrêts, et ce n'est que sous les gouvernements despotiques que la volonté du maître se substitue à la loi. Mais les juges de Calas furent traités comme ils le méri-

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