‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 194 sur 263 · LIVRE LI · texte numérisé non relu

LIVRE LI

talent, ils avaient forfait à la justice au nom de la légalité, et ce fut au nom de la justice qu'on protesta contre la légalité.

Les juges de Calas trouvèrent une singulière compensation à l'humiliation qui leur était infligée devant toute l'Europe-, l'archevêque de Toulouse accorda, à chacun d'eux, le droit de faire célébrer la messe dans leur maison le jour du dimanche.1

Pendant longtemps l'opinion publique se préoccupa des Calas; la poésie, la gravure, le théâtre, les pamphlets remplirent l'Europe du bruit de leurs malheurs et les rendirent populaires. Ce qu'on n'eût pas fait pour un bûcher protestant, on le fit pour un assassinat judiciaire ; en effet pendant que le nom du marchand de drap de Toulouse est devenu un nom historique, les Homel, les Fulchran Rey, les Claude Brousson, les Durand, les Dezubas, les Kochette, morts martyrs de leur foi, n'ont trouvé ni un Voltaire, ni un Elie de Beaumont pour affirmer leur innocence er. face de leurs juges iniques ; on le déplore , mais on le comprend.

Les juges de Calas ont trouvé cependant quelques défenseurs, qui ont eu le triste courage d'essayer de réhabiliter leur mémoire flétrie. «Rien de moins prouvé, dit le comte Joseph de Maistre, que l'innocence de Calas; il y a mille raisons d'en douter et même de croire le contraire5.» «Je ne veux pas, dit M. Mary Lafont, casser la réhabilitation de cette malheureuse famille, parce que je tremblerais d'outrager la mémoire d'un innocent3.» Le chevalier du Mége a aussi entrepris cette tâche ingrate, à laquelle s'est voué, avec plus de passion que d'impartialité , un jeune avocat de Toulouse, M. Hue, aujourd'hui professeur suppléant à l'école de droit de cette ville.*

Contre ces voix accusatrices et sans écho et dans lesquelles on devine, sans peine, la partialité, ou tout au moins le doute, s'élève une voix éloquente à force d'indignation, passionnée, mais passionnée pour la vérité. «J'ai

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