‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 196 sur 263 · LIVRE LU · texte numérisé non relu

LIVRE LU

Un peu avant le supplice de Calas, les persécutions s'étaient un moment ralenties dans le Languedoc; toujours confiants, les protestants saluaient avec bonheur l'ère d'un meilleur avenir, quand le maréchal de Thomond1 succéda au duc de Mirepoix dans le gouvernement de la province et leur enleva leurs plus chères espérances. A peine arrivé, le nouveau gouverneur leur ordonna de faire renouveler , dans les églises, les mariages et les baptêmes célébrés au désert. Les protestants de Nîmes furent consternés et plusieurs familles se décidèrent à s'expatrier; Paul Rabaut et Paul Vincent tinrent énergiquement tète à l'orage, et plus jaloux de la conservation de l'honneur de leurs coreligionnaires que de leur propre vie, ils lancèrent au milieu d'eux une lettre pastorale dans laquelle ils les adjurèrent au nom des droits sacrés de la vérité de demeurer fidèles à leur foi. «Quand même les prêtres, leur disaient-ils, célébreraient vos baptêmes et vos mariages sans exiger de vous ni une abjuration, ni un acte de catholicité, vous ne renieriez pas moins votre foi8.» La voix des deux pasteurs fut comprise; le maréchal de Thomond, témoin de l'attitude ferme des protestants, suspendit l'exécution de son ordonnance; et peu de temps après il fut remplacé par le prince de Beauvau.

Cet homme d'État, aussi éclairé que tolérant, comprit qu'il servirait mieux son pays en se montrant humain qu'en marchant sur les traces des Bàville et des Roquelaure.

1. Charles O'Brien, comte de Thomond, vicomte de Clare, était pair d'Irlande de la suite du Prétendant. Il s'était exilé par dévouement pour les Stuarts.

2. Exhortation à la repentauce et à la profession de la vérité, ou lettre pastorale aux réformés de l'église de Nîmes, par MM. Paul Rabaut et Paul Vincent. Genève, 1561.

Sous son gouvernement, les protestants, sans crainte d'être inquiétés, tinrent au désert, le 1er juin 1763, leur septième et dernier synode général ; dix-huit pasteurs et quinze anciens y assistèrent. La plus grande union régna dans l'assemblée; chacun sentait que de l'unité de doctrine et du support mutuel que la sainte Écriture recommande aux chrétiens, dépend la prospérité d'une Église. C'est à ces deux éléments de vie qui firent rarement défaut aux assemblées synodales , que le protestantisme évita des schismes et surmonta tant de persécutions. Les assemblées synodales, à quelques rares exceptions près, n'offrent rien de bien saillant, rien de bien dramatique; la lecture de leurs décisions est aride, fatigante, et, cependant, ces assemblées sont les pierres d'assises, invisibles à l'œil, sur lesquelles s'élève l'édifice dont la Bible est la clef de voûte. On ne saurait trop admirer ces hommes dont les noms, la plupart obscurs, figurent au bas des procès-verbaux des synodes; à leur manière, ils travaillaient à la consolidation de l'œuvre des réformateurs; ils y apportaient, quelques-uns leur science théologique, presque tous leur piété et leur courage; sans doute, ils se sentaient liés par leur confession de foi, mais ils savaient, sans s'écarter de ces points fondamentaux, en dehors desquels il n'y a plus de christianisme, user de sages tempéraments qui, en empêchant les réactions, maintenaient les Églises dans l'unité dogmatique. Revenons aux membres du synode, réunis au désert sous la présidence de Rabaut.

Au moment où il tenait ses séances, l'Angleterre, la France, l'Espagne et le Portugal signaient la paix à Paris et mettaient fin à la guerre de Sept ans. L'assemblée, ne voulant pas demeurer étrangère à la joie qu'éprouvait la nation, ordonna à toutes les Églises de s'y associer par un service solennel d'actions de grâces , oublia tous les maux que ses rois lui avaient fait subir, et ne se souvint que de sa vieille fidélité huguenote pour ses souverains; elle se servit des mêmes termes dont s'était servi le synode national de Loudun (1659) pour l'exprimer : « Nous déclarons et nous réitérons, dit-elle, ce que notre doctrine et nos

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